FRANCE -

Les dessins, «armes d’indignation massive» présents à la «marche républicaine»

«C’est l’encre qui doit couler pas le sang»: dessins, slogans ou croquis ont été brandis pendant la marche républicaine dimanche à Paris, caricaturistes d’un jour ou confirmés rivalisant d’imagination pour dire leur colère, leur incompréhension, leur peur aussi parfois.

Quatre crayons tout simples, griffonnés dans la nuit, qui encadrent quelques mots «Amour, réaction, liberté, ironie, espoir, merci...»

«Tout est écrit, rien a ajouter», dit à l’AFP l’auteur du croquis, Jean-Robert Epstein, un Parisien de 64 ans qui s’est abonné à Charlie Hebdo pour soutenir l’hebdomadaire satirique après l’attentat meurtrier de mercredi où 12 personnes sont mortes dont cinq des dessinateurs du journal.

«Si tu dessines, je te croque!», menace, sur une pancarte, un homme effrayant aux dents acérées et ensanglantées. Sur le même dessin, Marianne, symbole de la République française, sourit une fleur dans une main, un crayon dans l’autre. «Si tu déconnes, je te croque», rétorque-t-elle.

Plus combatif, ce poing fermé dont le majeur est un crayon levé, façon doigt d’honneur, que l’on retrouve tout au long du cortège.

Certains marcheurs ont choisi de reprendre l’humour corrosif cher aux caricaturistes de Charlie Hebdo, d’autres ont exprimé leur tristesse simplement par des mots, «plus jamais», «espoir», ou des slogans, «Dieu, prix Nobel de la guerre».

Plus nostalgique, cette vieille couverture jaunie de Charlie, signée Cabu, représentant le célèbre tableau d’Eugène Delacroix «La liberté guidant le peuple» et où il est écrit: «On s’est battus pour votre liberté».

«Cette couverture est accrochée chez moi depuis vingt ans, Charlie avait déjà des difficultés pour survivre et se battait pour la liberté d’expression. Elle est plus que jamais d’actualité, rien n’a changé», raconte Rachel Demougeot, 44 ans, venue de Besançon (est) pour participer à la marche.

«La haine a fait beaucoup de dégâts»

Autres symboles, ces crayons entourés de bougies allumées, jonchant par centaines le sol de la place de la République, coeur du rassemblement parisien.

A la mort des dessinateurs de Charlie Hebdo, on a vu fleurir dans la presse et les sites internet du monde entier des dessins, que l’on retrouve partout dans le cortège. Parmi eux, un avion volant vers deux crayons dressés vers le ciel, référence explicite aux attentats du 11-Septembre 2001.

Ou encore le croquis de ce dessinateur congolais qui représente un catcheur dont les deux bras de terminent par deux crayons. C’est le dessin choisi pour défiler par Agathe Lambert-Caille, une étudiante de 20 ans.

D’autres ont préféré mettre en avant les dessins des caricaturistes de Charlie Hebdo eux-mêmes. Samuel Granjean, 37 ans, a choisi une couverture publiée en plein débat sur le mariage homosexuel en France en 2013, où un dessinateur embrasse un imam sur la bouche. «La haine a fait beaucoup de dégâts, ça suffit», explique-t-il.

Après l’attentat, une revue catholique et un site juif ont tous deux publié des dessins de Charlie Hebdo tournant en dérision Jésus et le pape pour le premier, la Shoah et les juifs pour le second.

«C’est un signe de force que de pouvoir rire de certains traits de l’institution à laquelle nous appartenons (...). L’humour dans la foi est un bon antidote au fanatisme», explique la revue jésuite Etudes dans son éditorial.

Dans son choix, un dessin lors du voyage du pape François à Rio de Janeiro en juillet 2013, montre le souverain pontife en maillot à paillettes, costumé pour le carnaval, expliquant être «prêt à tout pour racoler des clients».

Jewpop, un site culturel juif très populaire, notamment auprès des jeunes en raison de son ton décalé, publie de son côté plusieurs Unes particulièrement grinçantes. L’une des plus célèbres, parue en novembre 1978, montre un Hitler guilleret lançant «salu les youpins! Ca gaze?» avec la légende «Enfin on peut le dire, Hitler super sympa».