CHARLIE HEBDO

«Nous vomissons sur ceux qui, subitement, disent être nos amis»

«Nous vomissons sur ceux qui, subitement, disent être nos amis»

Le dessinateur néerlandais Willem dit «vomir» sur ceux qui soudainement se prétendent «amis» de Charlie Hebdo. Dans son viseur: l’extrême droite, les dictateurs et le monde arabe. Reporters / Abaca

«Nos nouveaux amis, comme la reine Elizabeth ou Poutine, ça me fait bien rire», s’esclaffe Willem. Le dessinateur hollandais de Charlie Hebdo n’est pas tendre avec les récupérations du FN: «Marine Le Pen est ravie lorsque les islamistes se mettent à tirer». Papa Jean-Marie, lui, n’essaye même pas de faire semblant…

Le dessinateur néerlandais de Charlie Hebdo, Willem, a soutenu samedi dans la presse néerlandaise «vomir sur ceux qui, subitement, disent être nos amis» suite à l’attaque perpétrée contre l’hebdomadaire satirique, et a épinglé la présidente du Front national Marine Le Pen.

«Nous avons beaucoup de nouveaux amis, comme le pape, la reine Elizabeth ou Poutine: ça me fait bien rire», a-t-il ironisé dans un entretien au quotidien néerlandais de centre-gauche Volkskrant: «Marine Le Pen est ravie lorsque les islamistes se mettent à tirer un peu partout».

Interrogé sur le soutien du chef de file de l’extrême droite néerlandaise Geert Wilders, Willem persiste et signe: «Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis».
 


«Ils n’ont jamais vu Charlie Hebdo»

De son vrai nom Bernard Holtrop, le dessinateur satirique de 73 ans réside en France depuis de nombreuses années. Il publie pour Charlie Hebdo et dans le quotidien Libération.

Questionné sur le soutien mondial à Charlie Hebdo, Willem poursuit, ironique: «ils n’ont jamais vu Charlie Hebdo».

«Il y a quelques années, des milliers de gens sont descendus dans les rues au Pakistan pour manifester contre Charlie Hebdo. Ils ne savaient pas ce que c’était», a-t-il assuré.

«Maintenant c’est le contraire, mais si les gens manifestent pour défendre le libre mot, c’est naturellement une bonne chose», a-t-il conclu.

«Ça m’a sauvé la vie, peut-être»

Willem était dans le train mercredi entre Lorient et Paris lorsqu’il a appris l’attaque menée contre Charlie Hebdo par deux islamistes radicaux.

«Je ne viens jamais aux réunions de rédaction car je n’aime pas ça», avait-il assuré au quotidien Libération: «Ça m’a sauvé la vie, peut-être».

Il avait aussi insisté sur l’importance de continuer à publier Charlie Hebdo et à dessiner: «sinon, ils ont gagné».

 

«Désolé, mais je ne suis pas Charlie»

 

«Désolé, je ne suis pas Charlie», a lancé samedi le fondateur du Front national (extrême droite) Jean-Marie Le Pen, se démarquant du slogan qui s’est répandu depuis mercredi après la tuerie au siège de l’hebdomadaire satirique français.

«Aujourd’hui, c’est: “nous sommes tous Charlie, je suis Charlie”. Et bien moi, je suis désolé, je ne suis pas Charlie. «Je me sens touché par la mort de douze compatriotes français […] mais «je ne vais pas, moi, me battre pour défendre l’esprit de Charlie qui est un esprit anarcho-trotskyste parfaitement dissolvant de la moralité politique», a déclaré le tribun d’extrême droite dans une vidéo publiée sur son site internet.

Le fondateur du parti d’extrême droite aujourd’hui dirigé par sa fille Marine a rappelé que Charlie Hebdo était «ennemi du FN dont il «demandait la dissolution par pétition il n’y a pas tellement longtemps». Il a aussi dénoncé le rassemblement d’hommage aux victimes prévu dimanche à Paris, «orchestré par les médias».

«Tout est orchestré»

«La manière dont tout cela est orchestré me rappelle des manifestations du même type qui furent organisées avec la complicité des médias, y compris des médias de droite», a-t-il déclaré.

En 1990, une grande manifestation à laquelle avait participé le président socialiste François Hollande avait eu lieu après la profanation d’un cimetière juif attribué à l’extrême droite. Les auteurs, identifiés six ans plus tard, étaient membres d’un groupuscule néo-nazi mais n’avaient aucun lien avec le FN.

Une autre manifestation monstre avait eu lieu en 2002, après le premier tour de l’élection présidentielle où Jean-Marie Le Pen avait devancé le candidat de gauche, accédant au second tour face à Jacques Chirac.

«Nous trouverons d’autres moyens»

Le Front National n’a pas été convié à la «marche républicaine», dimanche à Paris, à laquelle participeront la quasi-totalité des partis politiques, syndicats, associations, ainsi que de nombreux dirigeants étrangers.

«Nous trouverons d’autres moyens d’être en communion avec les Français», a assuré Marine le Pen. Elle avait dénoncé dès mercredi «un attentat terroriste commis par des fondamentalistes islamistes». Son père a estimé samedi que «ce phénomène terroriste est lié d’abord au phénomène de l’immigration massive».