L’édito par Philippe Martin

Zemmour et les autres

Zemmour et les autres

EdA - Jacques Duchateau

Zemmour-Houellebecq, Houellebecq-Zemmour, même ritournelle, même combat? L’irruption de leur nom dans l’actualité traduit en tout cas un malaise et illustre une dérive du débat, tant politique que médiatique.

Les hasards de l’information – à moins que ce ne soit l’urgence des enjeux? – ont curieusement rapproché, ces jours-ci, deux auteurs qui ne cessent d’alimenter la polémique, même au-delà des frontières de l’Hexagone. Éric Zemmour, connu pour ses prises de position incendiaires contre l’immigration, la perte des valeurs et le social-libéralisme ambiant et Michel Houellebecq, dont le dernier roman Soumission, dépeint une France islamisée, en 2022, et soulève déjà les passions. Un livre annoncé en librairie, pour ce mercredi, alors que la visite du premier, à Bruxelles ce mardi, suscite la controverse depuis une quinzaine de jours.

Caricaturaux, excessifs, provocateurs, les propos de ces auteurs produisent forcément l’effet d’une bombe en l’absence de vrai débat idéologique, à l’ère du politiquement correct, obligatoirement consensuel.

Mais l’importance et la visibilité données à un Zemmour ne résultent-elles pas aussi d’une autre dérive, celle de l’information spectacle, qui ne fait plus appel à des intellectuels qui échangent sereinement (ou non) des idées, des analyses et des arguments mais à des chroniqueurs, des polémistes d’abord là pour la joute verbale, pour la formule qui tue, pour l’affrontement médiatisé, pour le show, pour le buzz… Avec les conséquences de cette imposture intellectuelle: la démesure, les jugements lapidaires, les amalgames douteux, l’insulte et la diffamation.

Au-delà des plateaux de télé, cette schématisation de la pensée ne peut conduire qu’à l’emballement médiatique et à la radicalisation réciproque, à grands renforts de plaintes, d’actions en justice, d’anathèmes des uns opposés aux fatwas des autres. Alors, sous prétexte de rétablir l’ordre public et de ne pas alimenter la clientèle des partis extrémistes, il ne reste bien souvent aux politiques qu’une seule et mauvaise solution, celle d’interdire ce qui tient lieu de débat et de restaurer la bonne vieille censure…