EUROPE

«Si les migrants peuvent payer 5.500 dollars, ils ne sont pas si malheureux chez eux»

«Si les migrants peuvent payer 5.500 dollars, ils ne sont pas si malheureux chez eux»

En deux semaines, quelque 2 000 migrants syriens sont arrivés en Italie, dans des conditions dantesques. AFP

Ce titre reflète la position d’internautes à propos des clandestins. Face à l’ampleur de la crise, une réaction ignare, à la hauteur de l’absencede réponse européenne.

«Si les migrants peuvent payer 5 500 dollars par personne, ils ne sont pas si malheureux que ça dans leur pays! Alors pourquoi migrer? Des repris de justice sans doute. À quand un visa et un motif pour entrer en Belgique? »

Hier, la réaction, ignare, d’un internaute (elle n’est pas unique) suite à la publication du témoignage de Sarkas Rani. Travaillant pour des trafiquants, lui-même réfugié au Liban, ce Syrien a mené 800 clandestins de son pays vers l’Italie à bord d’un navire poubelle, la semaine dernière.

Réaction ignare, donc, car elle témoigne des œillères de ces internautes, de leur manque de volonté de s’informer sur une situation terrible; le tout servi par l’absence sidérale de l’Europe sur le dossier, tant sur la nécessité d’une réponse commune et solidaire sur l’accueil des clandestins qu’en terme de droit à l’ingérence par rapport à la guerre en Syrie.

Car c’est bien d’elle dont il s’agit. L’arrivée de près de 2 000 réfugiés en moins de deux semaines sur les côtes italiennes met d’ailleurs en lumière la tragédie humanitaire qui s’y déroule. Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), l’exode massif des Syriens est ainsi «la crise humanitaire la plus dramatique auquel le monde est confronté depuis très longtemps ».

Le conflit en Syrie, qui a débuté en mars 2011 par la répression sanglante de manifestations antigouvernementales avant de dégénérer en guerre civile, a déplacé près de la moitié des habitants du pays, contraints de fuir leurs foyers. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OS DH), le conflit a déjà fait plus de 200 000 morts, dont des milliers d’enfants.

3,2 millions de réfugiés dans les pays voisins, 70 000 en… Europe

En Syrie, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays atteint désormais… 7,6 millions. Par ailleurs, quelque 3,2 millions de personnes se sont réfugiées dans les pays voisins, comme la Turquie, le Liban et la Jordanie.

Officiellement, la Turquie dit accueillir 1,7 million de réfugiés, dont la majorité vit dans des conditions précaires dans la plupart des grandes villes du pays (décembre 2014). Ankara affirme avoir dépensé plus de 4 milliards de dollars pour leur prise en charge.

Plus de 1,1 million de Syriens sont présents au Liban, un lourd fardeau pour ce pays de 4 millions d’habitants. Beyrouth a fermé sa frontière aux réfugiés, sauf pour «des raisons humanitaires, et décidé d’imposer pour la première fois des visas aux Syriens ».

La Jordanie accueille, elle, 618 000 Syriens, qui représentent 20% de la population selon les autorités de ce pays. Il y a par ailleurs 225 000 Syriens en Irak et 137 000 en Égypte.

Les réfugiés font face à la pauvreté, à des problèmes de santé et des tensions croissantes avec les communautés locales où ils vivent dans des structures provisoires et des conditions extrêmement difficiles.

Selon le HCR, 28 pays ont déclaré début décembre lors d’une réunion à Genève qu’ils étaient prêts à accueillir plus de 100 000 réfugiés syriens, actuellement pris en charge par les pays voisins de la Syrie.

Jusqu’à présent, en Europe et dans le reste du monde, le nombre de réfugiés accueillis était resté dérisoire malgré les appels du CR. Ainsi, selon ses chiffres publiés fin octobre, 144 632 Syriens ont demandé l’asile en Europe depuis 2011 et un peu moins l’ont obtenu. Bref, on est bien loin de ce que permettrait notre capacité d’accueil.

Dans l’Union, deux pays se distinguent par leurs efforts: l’Allemagne et la Suède. L’Allemagne tente de jouer un rôle moteur au sein de la communauté internationale: quelque 70 000 Syriens sont arrivés ces dernières années. Et en Suède, les Syriens constituent le premier groupe de demandeurs d’asile (38% du total).