FAMILLE -

Comment réagir face à l’échec de son enfant ?

Comment réagir face à l’échec de son enfant ?

Vie quotidienne d’un ado JPC-PROD - Fotolia

Les adolescents ont reçu leur bulletin, et parfois, la surprise est mauvaise. Comment le parent peut-il réagir de manière constructive pour aider son enfant? Jean-Marie Gauthier, pédopsychiatre et professeur à l’université de Liège nous répond.

«D’abord, il faut comprendre pourquoi l’enfant est en échec», explique Jean-Marie Gauthier, pédopsychiatre et professeur de psychologie de l’enfant et de l’ado à l’ULg La première étape selon lui, c’est de rester en contact avec l’école de l’enfant. “Il faut un suivi régulier des parents. C’est pire de ne voir les problèmes qu’au moment des examens. C’est important d’évaluer dans la continuité.”

Ensuite, quand il y a un échec qui se produit, c’est important de comprendre pourquoi il y a un échec. Il faut aller à l’école pour voir les examens, rencontrer les enseignants pour comprendre. C’est important que le parent ait le point de vue de l’école et celui de l’enfant.” Cette rencontre permet d’établir un peu mieux les causes de l’échec. “Il y a peut-être des choses qu’il ne comprend pas. Ou il peut être angoissé à cause du rapport avec des copains… L’échec scolaire, c’est seulement un symptôme de quelque chose qui ne va pas bien. C’est parfois la marque d’une angoisse ou d’une dépression”.

Manque de travail?

Sur les bulletins de ce mois de décembre, il y a parfois le commentaire: “manque de travail”. “Par définition, cette formule est tarte à la crème. Il faut aller plus loin: soit le jeune est mal intégré, soit il est triste, soit il a une mauvaise relation avec l’enseignant…”, estime le pédopsychiatre. Un enfant ne peut pas selon lui détester l’école en soi, sans raison. “C’est un lieu de socialisation importante. Les enfants sont intéressés, ils ont envie de rencontrer les autres enfants.”

Mais les parents d’adolescents connaissent le symptôme du “manque de travail” chez un jeune qu’ils doivent houspiller continuellement pour qu’il étudie. Jean-Marie Gauthier l’explique: “Si on se voit arriver à un échec, on n’a pas envie de travailler, on n’est pas motivé… car l’échec est moins douloureux si on n’a pas tout donné avant.”

Qu’est-ce que le parent doit faire?

“Quand on a un enfant en secondaire, on doit l’aider à corriger ses interrogations, et vérifier qu’il comprend où il s’est trompé et modifie son approche.” Même si le jeune n’aime pas que son parent s’intéresse de près à ses cotes à l’école, il ne faut pas éluder par crainte du conflit. “Les conflits ne sont pas une mauvaise chose. Il faut pouvoir les assumer. C’est impossible à éviter, mais ce nest pas une valeur en soi.”

Le pédopsy dit qu’il ne doit pas s’agir d’une lutte quotidienne: “Il ne faut pas demander à voir les cotes ou le journal de classe de son adolescent tous les jours. On peut partir sur une base de 15 jours, et le faire dans certaines conditions: il faut éviter de parler des interrogations et des cours au moment des repas. Il faut garder des moments tranquilles, pour la vie de famille… Les parents ont tendance à être trop envahissants. Les jeunes ont besoin de respirer.”

Certains parents prennent congé pendant la session, pour être aux côtés du jeune quand il étudie, pour le faire réciter, lui redonner des explications en cas de besoin… “C’est une solution qui doit être provisoire, pas habituelle. C’est important de montrer de l’intérêt pour les études de l’enfant. Si les enfants voient leurs parents s’intéresser à des choses intellectuelles, s’ils sont dans ce type d’ambiance, ils seront plus attirés par l’étude.”

Punir ou pas?

Quand les résultats sont mauvais, on fait parfois à un professeur particulier. “C’est positif, mais ce n’est pas une solution miracle. Il ne faut pas que ce soit un emplâtre sur une jambe de bois!”

Et la punition? Priver de jeux vidéos, de sorties, des hobbys… “La punition doit être ponctuelle et courte”, dit le spécialiste. Si elle dure un mois, elle perd en efficacité. “Je préfère un système de récompense: Dans un mois, si ça va mieux, alors…” Attention, quand on promet, il faut pouvoir tenir, du côté de l’ado comme du côté de parents.”

Laisser rater?

Certains parents prennent l’option de “Je le laisse faire, c’est à lui de réagir et de se prendre en main.” “Je ne préfère pas ce genre de technique… C’est à limiter dans le temps! Il ne faut surtout pas laisser dégénérer la situation pendant une année. D’autant que l’échec influence la motivation négativement, comme l’explique Marie Van Reybroeck logopède de l’UCL. «La recherche montre que l’échec n’est pas une expérience qui l’aide par après. La conséquence, c’est qu’on pense qu’on est moins bon et que le résultat est moins bon que si on part sans a priori. On a remarqué que si l’élève est en difficulté, et qu’on lui présente une tâche en disant “C’est de la géométrie”, il réussit moins bien que si on lui dit “C’est du dessin”. C’est à cause du ressenti et du vécu de l’échec.»