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Créer un repas avec une imprimante 3D, cela devient possible

Créer un repas avec une imprimante 3D, cela devient possible

Des bonshommes à base de nourriture, créés par une imprimante 3D à Liège.

Cela ressemble à de la science-fiction, mais c’est bien réel. Liège accueille cette semaine un congrès mondial sur le secteur de la 3D. On y parle notamment de «3D Food Printing», une incroyable technologie promise à un bel avenir.

Nos esprits peinent parfois à imaginer l’impact qu’auront certaines technologies dites «du futur» dans nos vies. Celle de la «3D Food Printing», littéralement «impression de nourriture en 3D», interpelle. Elle est pourtant présentée par les spécialistes comme le cœur du tournant majeur dans notre rapport à l’alimentation. «Le four à micro-ondes a débarqué dans toutes nos cuisines. Un jour, ce sera le cas de l’imprimante 3D», prédit d’ailleurs Jacques Verly, professeur d’électronique et d’informatique à l’ULg.

Liège accueille cette semaine un sommet international sur les technologies en trois dimensions, le «3D Stereo Media». Des spécialistes venus du monde entier y abordent la 3D selon divers points de vue: scientifique, artistique, cinématographique, informatique, etc. Parmi les conférences, l’une concerne l’alimentation en 3D, ou «3D Food Printing», et rassemble les quelques (encore rares) spécialistes du secteur.

En pleine période de balbutiements, la 3D Food Printing consiste à se servir d’une sorte d’imprimante 3D pour fabriquer de la nourriture, voire des repas complets, élaborés, savoureux. C’est du moins l’un des objectifs des chercheurs.

Si les machines s’apparentent à des imprimantes 3D «classiques», puisqu’elles façonnent un objet couche par couche, la base même de la technologie en diffère grandement, puisqu’il s’agit bien de nourriture.

On n’imprime pas juste des formes, on reconstitue un repas modélisé

Les «cartouches» de l’imprimante sont constituées d’éléments alimentaires divers, que l’on va assembler pour créer un repas. «On peut faire des choses déjà élaborées: pizzas, burgers, etc.», ajoute Jacques Verly. «On recrée véritablement les aliments.» Et la créativité permettra sans doute à l’avenir de créer des aliments nouveaux, d’un genre encore inexistant.

C’est bien là que le principe de la 3D Food Printing demeure un peu difficile à conceptualiser, pour le commun des mortels. Les imprimantes 3D ne se limitent à la création de formes et de mélanges comestibles. Les matrices assemblent les bases alimentaires de façon très élaborée. «Des pointures de la gastronomie s’y intéressent déjà. On est encore un peu dans le rêve, mais il y a aura sans doute un jour moyen de composer des menus de restaurants gastronomiques complets avec la 3D Food Printing», rien de moins.

Une solution pour les astronautes, les seniors et les sportifs?

On saisit rapidement l’opportunité qu’une telle technologie peut représenter, à moyen terme, pour les besoins alimentaires de la population mondiale. «Les applications de la 3D Food peuvent être variées et très ciblées», indique Dorothée Goffin, directrice du Smart Gastronomy Lab de l’ULg.

«L’armée américaine s’y intéresse, par exemple. Cela peut ouvrir des perspectives pour l’alimentation des astronautes, dans l’espace. Ou des personnes âgées, auxquelles on pourra concocter des plats sur mesure en fonction de leurs capacités de déglutition. Les sportifs pourront obtenir une nourriture adaptée à leurs besoins. On pourra inventer de nouvelles recettes et sans cesse adapter l’alimentation aux besoins, par exemple si vous manquez de calcium, de magnésium ou de telle vitamine.»

«Des aliments très intéressants d’un point de vue nutritionnel et environnemental pourront être exploités, dans les matrices. Je songe par exemple aux algues, aux insectes ou encore aux mycoprotéines», ajoute Dorothée Goffin.

On n’imprime pas, mais on fige des aliments

Contrairement aux imprimantes 3D classiques, qui reconstituent la forme modélisée en figeant des polymères, la 3D Food Printing implique de la nourriture. «La reconstitution de nourriture relève donc des propriétés physico-chimiques. Le défi, c’est de parvenir à figer l’aliment en allant chercher la précipitation de telle protéine, en travaillant sur la gélification. Le chocolat, par exemple, est une matrice facile à utiliser: il est à l’état liquide puis se fige à température ambiante», explique encore Dorothée Goffin.

La technologie intelligente qui se développera durant les prochaines années permettra de faire évoluer les perspectives. «Par exemple, vous pourrez préparer votre repas au travail, l’envoyer par internet et le faire sortir de votre imprimante avant de rentrer à la maison. Autre exemple: s’il manque un aliment pour votre lasagne, l’imprimante pourra se servir d’autres cartouches et modéliser une nouvelle recette, s’adapter en fonction des circonstances et de vos besoins», détaille Jacques Verly.

«La 3D Food Printing sera le four à micro-ondes du XXIe siècle»

Les scientifiques voient en tout cas dans la 3D Food Printing l’une des révolutions majeures de notre quotidien, dans le futur. Il suffit de penser à l’état d’avancement de la téléphonie, voici encore 15 ou 20 ans, comparativement à ce qui existe aujourd’hui, pour se rendre compte que les choses peuvent évoluer considérablement en quelques décennies. «L’idée consiste vraiment à conjuguer nos besoins fonctionnels alimentaires avec la créativité gastronomique», se réjouit Jacques Verly.

Les quelques centres névralgiques qui s’y intéressent dans le monde sont des universités, des start-up et autres Fab Labs intéressés par l’expérimentation. «Mais aussi des sociétés privées, qui veulent être prêtes si cette révolution alimentaire a lieu. C’est le cas de Nestlé, par exemple, qui effectue des recherches en 3D Food Printing.» Certaines régions en particulier cherchent à se positionner comme des centres de référence en la matière, à l’instar de la Silicon Valley à proximité de San Francisco pour ce qui concerne les nouvelles technologies. Liège pourrait bien chercher à se faire une place sur cette carte du monde de la 3D Food Printing.

Faut-il en avoir peur et prévoir le triomphe de Tricatel, au détriment d’une alimentation issue de la terre? «Les deux cohabiteront probablement. Il sera justement intéressant d’observer les évolutions, de voir quels chemins emprunteront nos modes d’alimentation. Le monde de la gastronomie et les geeks apporteront leur créativité, je leur fais confiance pour cela», prédit Jacques Verly.

En images

Cette imprimante 3D installée à Liège pour le sommet «3D Stereo Media» reconstitue des mots à l’aide de fromage frais. Signalons qu’il s’agit d’une application très simple, par rapport aux perspectives que la technologie promet.

www.3dstereomedia.eu