BIOGRAPHIE -

Fabiola: de l’aristocratie espagnole à la reine blanche

La reine Fabiola savait sourire. Belga

La Reine Fabiola s’est éteinte en fin d’après-midi à Bruxelles, au palais du Stuyvenbergh. Elle a vécu 86 ans, dont 33 ans comme Reine aux côtés du Roi Baudouin. La cinquième reine des Belges a marqué la vie de notre pays.

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Naissance

C’est à Madrid que Doña Fabiola de Mora y Aragón est née le 11 juin 1928. Elle sera la troisième fille du marquis de Casa Riera et de son épouse et grandira au sein d’une famille nombreuse, composée de sept enfants. C’est au palais Mora, au centre de Madrid, qu’elle vivra ses premières années. Ses parents, grands propriétaires terriens, entretenaient des liens étroits avec la cour espagnole. La reine Victoria-Eugènie acceptera d’être la marraine de la petite Fabiola.

Des temps difficiles

Peu après sa naissance, l’Espagne traversera des heures troubles. Les idées républicaines set e répandent dans la population. En 1931, le roi Alphonse XIII doit partir en exil à Paris. Il est suivi de nombreux émigrés dont le marquis de Casa Riera et sa famille qui rentreront cependant au pays deux ans plus tard. Mais en 1936, la guerre civile éclate. La famille de Fabiola reprend la route de l’exil vers Paris, puis revient à Madrid en 1939. Le général Franco domine le pays et instaure un régime autoritaire qui perdurera jusqu’en 1977.

Formation et centre d’intérêts

Marquée par la Guerre civile puis par la Seconde guerre mondiale, Fabiola s’oriente vers une formation d’infirmière. Elle travaille dans un hôpital militaire à Madrid. On voit souvent la jeune aristocrate travailler dans les quartiers défavorisés de Madrid. Réservée et sensible, mais très active, Fabiola se sent par ailleurs attirée par les arts et la littérature. Elle peint, dessine, joue de la guitare et du piano. Surtout, elle écrit des contes pour enfants, dont les Douze contes merveilleux, qui connaîtront un réel succès de librairie. Polyglotte, Fabiola voyage également. Elle viendra à Bruxelles en 1958 pour visiter l’Exposition universelle.

Rencontre avec Baudouin

Depuis le 17 juillet 1951, Baudouin règne sur le royaume de Belgique, suite au douloureux épisode de la Question royale. Le jeune roi est célibataire et on l’appelle le roi triste. Il est plutôt réservé et timide. Cette situation devient même une affaire d’État. C’est finalement une religieuse irlandaise, Veronica O’Brien, qui va mettre le roi Baudouin en contact avec une jeune aristrocrate espagnole. En 1959, à l’initiative de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte de Luxembourg, les rendez-vous entre Baudouin et Fabiola se multiplient. Dans une parfaite discrétion. Si bien que la nouvelle des fiançailles royales surprend et réjouit la Belgique entière. Baudouin retrouve le sourire. La reine le soutiendra toute sa vie.

Présentation officielle et mariage

Le 17 septembre 1960, les deux jeunes gens sont présentés à la presse du monde entier sur le perron du château de Ciergnon. Les Belges découvrent une jeune femme simple et naturelle, à la mise plutôt provinciale, très éloignée par son style des princesses branchées qui triomphent en première page des magazines. C’est pourtant avec enthousiasme que les Bruxellois accueillent en premier la future reine dès le 24 septembre. Le mariage est célébré à Bruxelles le 15 décembre 1960 dans la liesse générale.

Période difficile et conquête des cœurs

L’époque n’est pourtant pas aux réjouissances. 1960, c’est l’année de la décolonisation du Congo. C’est aussi l’époque ou le Gouvernement Eyskens instaure la loi unique, promulguée le 14 février 1961. Cette loi impose une certaine austérité. Mais elle est contestée avec force. Les tensions sociales et politiques s’exacerbent. Les protestataires descendent dans la rue alors que, dans le même temps, d’autres se précipitent dans les salles obscures pour applaudir au bonheur des deux jeunes gens dont le somptueux mariage a été filmé par les caméras des actualités cinématographiques. Sur le grand écran comme à la télévision, les spectateurs découvrent la nouvelle (et cinquième) reine des Belges. Et elle touche d’emblée le cœur de ses nouveaux concitoyens; malgré un fort accent madrilène, elle leur parle amicalement, et parfaitement, dans leurs langues respectives: le français et le néerlandais. Surtout, elle paraît former d’emblée le couple idéal avec Baudouin, uni par une tendresse visible et de hauts idéaux communs. Le roi triste s’est soudainement transfiguré en souverain souriant et serein. Une révolution!

Le métier de reine

Fabiola inaugure son métier de reine dans des circonstances tragiques: inondations, glissements de terrains, crash aérien de Berg (72 victimes). Les catastrophes marquent douloureusement l’année 1961 en Belgique, son nouveau pays. Partout, la jeune reine révèle son tempérament profondément humaniste et son sens du contact, son goût du dialogue avec ceux qui souffrent, avec les plus faibles. Cette femme intelligente et sensible se porte naturellement vers les autres.

Un drame: ne pas pouvoir avoir d’enfants

Fabiola sera aussi confrontée à un drame personnel: son incapacité à avoir des enfants. Elle fut pourtant enceinte à quatre reprises, mais l’enfant tant souhaité ne naîtra jamais. Elle surmontera ce drame avec beaucoup de dignité. En 1979, le roi, parlant en son nom et au nom de son épouse, déclara, à propos de ce traumatisme qui conférera à la vie du couple une gravité nouvelle: «Longtemps, nous nous sommes interrogés sur le sens de cette souffrance et, peu à peu, nous avons compris qu’en ayant pas d’enfants à nous, notre cœur était plus libre pour aimer tous les enfants.»

Soutien à l’enfance et à la jeunesse

Personnellement, Fabiola orientera dès lors son action personnelle de manière privilégiée vers l’enfance et la jeunesse. Elle créera au Palais royal un secrétariat social de la Reine chargé de répondre aux nombreuses demandes d’aide des familles. Elle encouragera également diverses œuvres médico-sociales de l’enfance. Par la Fondation Nationale Reine Fabiola pour la Santé Mentale, elle soutient les actions en faveur des handicapés mentaux. L’ASBL Les Œuvres de la Reine Fabiola a également permis l’essor de programmes particuliers d’étude visant la prévention et le traitement de la dyslexie chez de jeunes enfants. Cela s’est fait en rapport étroit avec les responsables de l’enseignement primaire aussi bien flamand que francophone. En Belgique comme dans le monde, son action se déploya dans bien d’autres domaines, en soutien de son époux.

Soutien au concours Reine Élisabeth

Après le décès de la Reine Élisabeth, survenu en novembre 1965, la reine Fabiola prit sous sa protection le Concours Musical International Reine Élisabeth de Belgique dont elle devint présidente d’honneur. Elle suivait de près cet événement musical international annuel, assistant à la plupart des épreuves éliminatoires et aux finales de chaque session.

Mort du roi Baudouin et avènement de la reine blanche

Le 31 juillet 1993, Baudouin décède en Espagne à l’âge de 63 ans. La reine Fabiola impressionne et émeut le pays tout entier lors des funérailles du roi. Stoïque, elle fait face à la douleur avec la plus grande dignité: elle apparaît en public en robe blanche, symbole pour elle de l’espérance chrétienne. Ses détracteurs lui reprocheront souvent son militantisme catholique ainsi que l’influence qu’elle aurait exercée auprès du roi pour orienter certaines de ses options politiques, en matière d’avortement notamment. Mais le couple semble avoir partagé en ce domaine les mêmes convictions.

Fin de vie discrète

À partir de 1993, Fabiola se place en retrait de la nouvelle reine des Belges, Paola. Elle diminue le nombre de ses apparitions publiques mais prend la présidence de la Fondation Roi Baudouin tout en continuant à présider avec brio le concours Reine Élisabeth. Elle quitte en 1998 le château de Laeken pour le plus modeste château du Stuyvenbergh. Entre 1992 et 2000, la reine Fabiola voyagera beaucoup à l’étranger afin d’attirer l’attention sur la condition des femmes rurales du Tiers-Monde. Elle représenta la Belgique en 1995 à Pékin au Sommet Mondial des Nations unies sur les Femmes. Ses nombreux déplacements de par le monde et les discours qu’elle tient à ce sujet, constituent la part la plus visible de l’action politique de la reine Fabiola.

La dernière apparition publique de la reine remonte à la messe de commémoration donnée fin juillet 2013 à la crypte royale, à l’occasion du 20e anniversaire du décès du roi Baudouin. Elle n’avait pas assisté à cette messe annuelle – pour la première fois depuis le décès de son mari – le 31 juillet dernier. Selon l’une de ses dames de compagnie interrogée par la RTBF, la reine était en mauvaise santé depuis plusieurs mois, souffrait beaucoup et n’aspirait qu’à une chose: «mourir et rejoindre son défunt mari, le roi Baudouin.»

Une dernière polémique: sa Fondation

Les dernières années de la vie publique de Fabiola sont aussi marquées par une polémique autour de sa succession. Début 2013, la presse révèle qu’elle a constitué une fondation privée, Fons Pereos, visant notamment à soutenir les neveux et nièces directs et biologique de la veuve du roi Baudouin en réduisant les droits de succession. Face au tollé suscité par cette annonce, la fondation est dissoute fin janvier. À l’été 2013, la presse révèle que des actifs de la fondation «Fons Pereos» ont été transférés à une autre fondation, Astrida, instituée par le roi Baudouin au bénéfice de ses neveux et nièces. Légale, la manœuvre aurait pour but de réduire les droits de succession sur la villa Astrida, ancienne demeure de vacances du couple royal à Motril (Espagne). Elle permettrait aussi de céder le domaine d’Opgrimbie, maison de campagne de Baudouin et Fabiola, située dans le Limbourg. Interrogé à la Chambre sur ce sujet, le Premier ministre Elio Di Rupo avait fait part d’» un réel malaise à l’égard de ces épisodes à répétition».