FOOTBALL

La FIFA, dans tous les mauvais coups

La FIFA, dans tous les mauvais coups

Sept Blatter et la FIFA ne se distinguent pas par leur transparence. Reporters

Corruption dans le cadre de l’attribution des Mondiaux 2018 et 2022, mise à mal du système de dédommagement des clubs qui voient partir leurs jeunes joueurs pour l’étranger, fin du système de licence des agents : la FIFA n’en finit plus de faire parler d’elle pour des décisions toujours aberrantes.

 

2018-2022: poudre aux yeux et menaces de mort


Les soupçons de corruption sur l’attribution des Mondiaux 2018 et 2022 se faisant de plus en plus lourds, le rapport Garcia (président de la chambre d’instruction de la Commission d’éthique de la FIFA) était très attendu.

On sentait le coup bas venir lorsque la FIFA a annoncé qu’elle ne le rendrait pas public. Le résumé réalisé par Hans-Joachim Eckert, président de la Chambre du jugement, a d’ailleurs été perçu comme une farce. Garcia lui-même a crié au désaveu, et annoncé qu’il ferait appel de la décision.

Suite au tollé général provoqué par un document concluant qu’il n’y avait pas de corruption mais seulement des éléments «douteux» dans les processus d’attribution, la FIFA a fait mine de réagir. Elle a déposant plainte auprès de la justice suisse. À Genève, on assimile la démarche à de la poudre aux yeux, car le droit suisse ne prévoit pas de poursuite pénale dans le cas de corruption privée, mais uniquement pour ce qui touche les institutions publiques. Le projet de loi à l’étude pour modifier la donne n’a toujours pas été voté… au plus grand plaisir des nombreuses institutions sportives sises dans le pays. Interrogé par la radio suisse romande, l’ex-procureur tessinois, Paolo Bernasconi, a dénoncé la façon dont la FIFA a elle-même médiatisé cette action : «Cela signifie (pour les enquêteurs) que les chances de découvrir la vérité s’amenuisent énormément. Ce n’est que la surprise qui vous donne des chances de réussite dans une telle enquête

Un effet de manche qui prêterait à rire si une ex-membre du comité de candidature qatari, qui a témoigné auprès de Garcia pour dénoncer la corruption, n’avait pas annoncé qu’elle est menacée de mort.
 

Indemnités de formation: plus c’est jeune, moins c’est cher


Si le droit européen ne permet pas de transférer n’importe quel joueur à n’importe quel âge, s’acheter un jeune footballeur promis à une belle carrière reste monnaie courante.

La façon dont certains clubs attirent des adolescents hors de leurs pays d’origine ressemble parfois à un marché très malsain. Même s’ils n’hésitent pas à se chiper des espoirs entre eux, les clubs belges sont tombés des nues en apprenant que le Comité exécutif de la FIFA a modifié la donne le 22 mars, en terme d’indemnités. Depuis le 1er août, la Fédération internationale a supprimé une petite phrase de l’annexe 4 de son «règlement du statut et du transfert des joueurs».

L’objectif de la manœuvre? Dédommager un peu moins, encore, les clubs formateurs. Depuis 2009, la FIFA avait fait en sorte que lorsqu’un joueur de moins de 18 ans signait son premier contrat pro hors de ses frontières, l’indemnité de formation versée aux clubs l’ayant formé dans son pays, entre 12 et 15 ans, était de 75 000€ par saison. Désormais, retour en arrière: la somme à verser par année de formation ne sera plus que de 10 000€. «Il est apparu qu’appliquer les coûts plus élevés […] ne serait pas justifié», tente de se justifier la FIFA dans une circulaire de juillet.

Plutôt que de recevoir 300 000€ pour un joueur formé de 12 à 15 ans, le jour où il signe son premier contrat pro à l’étranger, un club ne percevra plus que 40 000 €. Si tous les pays sont concernés, ce sont principalement ceux qui investissent dans la formation, mais n’ont pas les moyens de convaincre leurs espoirs de rester, qui seront les plus touchés. La libre circulation a bon dos.

 

Agents de joueurs: une dérégulation qui ne résout rien


Le monde des agents de joueurs n’est pas très clair. D’un côté, des diplômés possédant une licence reconnue par la FIFA, de l’autre, des managers reconnus au niveau national seulement et, dans l’ombre, des intermédiaires dont le statut est flou, mais les bénéfices bien réels.

Ce milieu échappe en grande partie au contrôle sportif, financier et même, parfois, judiciaire. À l’image de l’enquête qui touche l’OM, les transferts ne se font plus sans une kyrielle d’intermédiaires, parfois peu recommandables. Face aux problèmes récurrents, le Comité exécutif de la FIFA a voté un nouveau règlement concernant « la collaboration avec les intermédiaires» en mars, proposant «un nouveau système plus transparent et plus simple», comme on l’affirme benoîtement à Zurich. En réalité, cela ressemble à une dérégulation du métier puisqu’à partir du 1er avril 2015, il ne sera plus nécessaire de disposer d’une licence pour exercer. Un titre d’«intermédiaire sportif», demandé aux fédérations nationales, suffira.

À l’Union Belge, le sujet est examiné et la Commission nationale d’étude se réunira en février pour proposer un projet, qui pourrait entrer en vigueur en avril. Avec, on l’espère, le souci d’une certaine exigence.