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Lou Reed se décline en mode bio

Lou Reed se décline en mode bio

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Il y a un peu plus d’un an, Lou Reed fermait son micro et l’ampli de sa guitare pour de bon. Cette légende du rock fait l’objet de deuxbiographies posthumes en cette fin d’année. Laquelle choisir ?

Portrait sans concession d’un artiste entier

Se pencher sur la vie de Lou Reed est une expérience pleine et fascinante. Icône du rock, le leader du Velvet Underground a suivi des voies qui lui sont propres, tracées à coups d’excès et d’attitudes suicidaires.

La bio écrite par Mick Wall (et bien traduite par Michka Assayas) relate bien l’itinéraire de cette figure essentielle du rock. On n’est pas dans le panégyrique ou l’ode béate. Loin de là. Les défauts de Reed sont exposés crûment et concourent à la compréhension du personnage. Ses manigances pour éloigner ceux qui lui font de l’ombre, son manque de reconnaissance, sa violence aussi jalonnent le récit. On le voit ainsi tourmenté par la façon dont il a rejeté Andy Warhol, celui qui l’a fait connaître. On se le représente à ce repas d’après concert en train de flanquer une dérouillée à David Bowie, coupable d’avoir lâché des mots que Lou Reed ne voulait pas entendre.

À côté de ça, l’évolution artistique du rockeur est remarquablement brossée se nourrissant de ces anecdotes pour démontrer que Lou Reed fuyait autant le succès qu’il ne le cherchait. On voit ainsi celui-ci cassant la notoriété lorsqu’elle se faisait trop oppressante comme après le succès mérité de son deuxième album solo, «Transformer», réalisé avec Bowie. Au nom de son rôle d’artiste.

Fluide, érudit, rédigé parfois dans un style qui n’exclut pas certains termes crus, ce bouquin donne envie de se replonger dans l’œuvre de Reed avec un regard neuf. Un must!
 

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Pas simple d’écrire un bouquin sur Reed. Au fil de sa vie, le chanteur américain s’amusera souvent à réinventer son histoire.

C’est le cas, par exemple, de la sortie de son album bruitiste Metal Machine Music qu’il hésitera toujours à présenter comme une œuvre essentielle ou un gros pied de nez à sa firme de disque RCA. Pour mettre de l’ordre dans la vie tumultueuse de Lou Reed, Laurent Rieppi a non seulement choisi, comme Mick Wall, l’option chronologique, mais il a encore renforcé la structure de son bouquin en avançant disque par disque. C’est d’une logique implacable, mais en même temps, il y a un petit côté trop bien rangé qui nuit au côté fantasque du héros principal de l’histoire.

Autre regret, l’analyse des différents albums du Velvet Undeground et de Lou Reed est parfois un peu légère. Ainsi, on est frustré de voir certains titres de LP expliqués dans les moindres détails tandis que d’autres sont évacués en fin de chapitre par une simple énumération frustrante. On déplorera aussi une écriture qui manque de fougue et de créativité, notamment lorsqu’il s’agit d’introduire des témoignages.

Le point fort du livre, ce sont justement ces témoignages frappés du sceau de l’inédit. Ils permettent d’aller à la source, de chercher des petites infos confessées par des musiciens ou producteurs. Mais au final, on n’a pas le plaisir de lecture offert par le livre de Mick Wall Donc, à choisir…