BROOKLYN

Randy Weston : les racines de l’Afrique

Randy Weston : les racines de l’Afrique

Reporters

Avec son dernier album, Randy Weston, 88 ans et une des dernières légendes du jazz, plonge dans les sources de la musique noire américaine.

Quand Randy Weston ouvre la porte de sa suite d’un hôtel bruxellois quelques heures avant son concert à Bozar, on ne peut être qu’impressionné: l’homme est très grand par la taille, doux et affable, et lorsqu’on pense à la carrière de cette légende de la musique noire, on se sent aussi petit.

Le pianiste est né à Brooklyn où il passe une partie de son adolescence avec un père qui lui inculque la culture de ses ancêtres: «Il m’emmenait dans les musées pour découvrir la culture nubienne et de l’Ancienne Égypte, l’Empire d’Afrique, ce qui existait bien avant le colonialisme et l’esclavage. Mais il m’a aussi fait apprendre le piano en débutant par la musique classique européenne: 50 cents de l’heure pour un professeur qui me tapait sur les doigts quand je commettais des fautes! Heureusement, dans le quartier, il y avait des églises, des bars, des night-clubs où on jouait du jazz et du blues.»

Mais son apprentissage de la musique noire, il le perfectionnera au Massachusetts, loin des dérives de la drogue et de l’alcool qui minent Brooklyn après la deuxième guerre mondiale: «On y jouait de la bonne musique et j’y ai rencontré Mahalia Jackson, Billy Taylor, Dr Willis James qui étaient spécialisés dans les «fields hollers» (NDLR: chant des ouvriers pour rythmer le travail), John Lee Hooker, tous de grandes influences pour moi, tout comme Ellington, Jimmie Lunceford ou Count Basie.»

Dans les années 60, Randy Weston, encore sur le conseil de son père, part pour l’Afrique à la recherche de ses racines; c’est de là qu’il revient avec cette fameuse phrase: «Quand un Africain touche un instrument, l’instrument devient africain.»: «Cela signifie que nous, Noirs américains, sommes tous issus de l’Afrique, que nous sentons une pulsion. Notre musique au début n’était pas considérée comme un art. Aujourd’hui c’est un art que nous appelons «African Classical Music», je n’emploie pas le mot jazz, parce que n’importe qui peut faire du jazz, mais notre musique a des racines plus profondes. Duke Ellington non plus n’appelait pas sa musique jazz. Je suis béni de pouvoir jouer cette musique dont peu de gens mesurent ce que l’Afrique lui a apporté; l’esclavage a réduit l’image de l’Afrique, puis la musique l’a à nouveau mise à un haut niveau. Quand je dis qu’un instrument devient africain, pensez au piano: il a été créé en Europe, mais quand un Noir en joue, il y ajoute une pulsion, une telle beauté qui vient de nos ancêtres.»

Le dernier album de Randy Weston s’intitule The Roots of The Blues (Universal), un poignant duo avec le saxophoniste Billy Harper: «Le blues symbolise l’Afrique, c’est la musique que vous entendez partout, chez les Gwanas du Maroc ou en Afrique du Sud, parce que c’est la musique qui nous a permis de communiquer dans les bateaux qui nous emmenaient en Amérique, le blues heureux, le blues triste, c’est la mère Afrique qu’on entend dans le blues.»