Comment Juncker multiplie les milliards…

Jean-Claude Juncker espère mobiliser le secteur privé pour participer à la relance de l’Europe. AFP

315 milliards pour mettre en place des projets stratégiques en Europe: c’est le plan que Juncker a imaginé en mobilisant seulement 21 milliards!

«Remettre l’Europe au travail», c’est le leitmotiv de Juncker, le président de la Commission européenne. Il a dévoilé hier le projet phare de son mandat: un plan destiné à mobiliser 315 milliards d’euros pour les investissements afin de relancer la croissance.

«Nous n’avons pas besoin d’argent frais, mais besoin d’un nouveau départ et de nouveaux investissements», a affirmé M. Juncker devant le Parlement européen, où il a annoncé la création d’un «fonds européen pour l’investissement stratégique.»

Tentant de convaincre les sceptiques, il s’est plu à imaginer «des enfants dans une école à Thessalonique travaillant sur des ordinateurs flambant neufs» ou «un Français rechargeant sa voiture électrique sur l’autoroute comme s’il mettait de l’essence».

1. Avec la BEI et le privé Son plan s’appuiera sur une partie du budget européen et sur la BEI, le bras financier de l’UE, qui doivent apporter 21 milliards d’euros en garanties, pour attirer des investisseurs privés. Mais il ne sera pas alimenté par des contributions directes des États membres, au grand dam de ses détracteurs.

Pour le président Juncker, les États membres devraient participer à ce fonds pour augmenter son efficacité. «Nous devons être conscients que nous avons une communauté de destins, cela implique de la solidarité avec tout le monde, a-t-il plaidé en allemand. Plus de croissance dans le sud de l’Europe, c’est une bonne chose pour l’Allemagne».

Pour encourager les pays, les sommes versées par les États ne seront pas comptabilisées dans leur déficit et leur dette.

En attendant, «l’argent ne tombera pas du ciel» et il va falloir «attirer les investisseurs privés», qui se sont détournés de l’Europe depuis le début de la crise. Le niveau d’investissements en Europe reste inférieur de 15% à celui de 2007, ce qui entrave la reprise.

2. Des garanties aux investisseurs privés Le dispositif mis sur la table est complexe et repose sur de l’ingénierie financière. Les 21 milliards d’euros du fonds doivent servir «d’amortisseur de risque» afin d’attirer, en leur offrant une garantie solide, des ressources privées qui actuellement ne sont pas investies dans l’économie réelle.

3. Montant multiplié par 15 Par un effet multiplicateur de 15, cette somme de départ devrait permettre de mobiliser au total 315 milliards d’euros. L’idée est que le fonds soutienne des projets plus risqués que ceux défendus actuellement par la Banque européenne d’investissement.

Mais beaucoup craignent que ce pari soit irréaliste. «La Commission semble s’appuyer sur un miracle comme la multiplication des pains et des poissons», a dénoncé la Confédération européenne des syndicats dans un communiqué. «Un ratio de levier de 15 nous semble peu crédible», a jugé le député Vert Philippe Lamberts.

«Si notre plan fonctionne, et il fonctionnera, il sera reconduit pour les années 2018, 2019, 2020», a assuré M. Juncker. À Bruxelles, on table sur 330 à 410 milliards d’euros en plus au PIB européen, et 1 à 1,3 million d’emplois au cours des trois prochaines années.

4. Projets stratégiques Les projets financés par ce plan seront choisis parmi une liste soumise par les États membres, mais il n’y aura «pas de quota par État», souligne-t-on de source européenne. C’est un comité d’experts qui sera chargé de faire le tri, en fonction de la pertinence des projets. Les infrastructures stratégiques, comme le numérique ou l’énergie, mais aussi les transports, l’éducation, la recherche et l’innovation seront les secteurs privilégiés. Une partie du dispositif, à hauteur de 75 milliards d’euros, sera réservée aux PME.