C’est le bon moment et l’intention est bonne, mais ni la méthode ni les montants en jeu ne doperont la croissance en Europe…

Mercredi, le point de vue adopté par les économistes après la présentation du plan d’investissements Juncker, projet phare estimé à 315 milliards d’euros.

Derrière cette somme brandie en étendard, un dispositif complexe. Les investissements doivent passer par un «Fonds européen pour l’investissement stratégique» doté de 21 milliards de garanties, sorte «d’amortisseur de risque» censé attirer des ressources privées. Un effet multiplicateur mène alors au total de 315 milliards d’euros.

Pour Éric Heyer, économiste à l’OFCE (institut de recherches), il s’agit d’un «montant est extrêmement faible , qui signifie au mieux un apport de 5 milliards d’argent public sonnant et trébuchant. «Or le Produit intérieur brut de l’Union européenne, c’est 15 000 milliards, assène-t-il. Et même en activant tous les multiplicateurs et leviers, trois fois rien, dix fois rien, cela fait toujours rien.»

Bref, l’impulsion ne serait pas suffisante. «Avec 315 milliards sur plusieurs années, on n’y est pas», affirme Grégory Claeys, chercheur à l’institut bruxellois Bruegel. Ce dernier estime ainsi le besoin d’investissement dans l’Union européenne à 260 milliards par… an!

«Jean-Claude Juncker, c’est Le Cid de l’Union européenne, ironise de son côté Ludovic Subran, économiste en chef de l’assureur Euler Hermes. C’est comme s’il nous disait: nous partîmes 5 milliards et arrivâmes 315 milliards.»

Selon Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque, «une partie des fonds va aller à des projets déjà lancés, et les États vont les capter pour financer des investissements sans augmenter leur propre dépense publique.»

Par conséquent, il n’y aura «aucun effet d’entraînement».