L’édito par Philippe Martin

Salaires indécents

Les top managers des entreprises publiques peuvent dormir en paix: leurs salaires ne seront pas plafonnés sous l’actuelle majorité.

Pas plus que sous le précédent gouvernement, pour la plupart d’entre eux!

Le plafond de 290 000€ qui aurait dû consacrer l’aboutissement d’une carrière à la SNCB, chez bpost ou à la Loterie nationale, ça vous dit quelque chose? Dieu sait si cette question chatouilleuse a pu enflammer les débats sous le gouvernement Di Rupo. Au nom du principe qu’aucun top manager d’une entreprise dont l’État est actionnaire ne devrait gagner plus que le Premier ministre. Au nom du respect de l’échelle salariale au sein de ces entreprises. Et au nom de la décence, tout simplement!

Or, ce plafonnement des salaires aurait du plomb dans l’aile, sous le gouvernement Michel. Comme l’a indiqué hier le ministre des Entreprises publiques Alexander De Croo qui se veut beaucoup moins «interventionniste» dans la gestion de ces sociétés que son prédécesseur Jean-Pascal Labille. Et parce que les partis flamands VLD et N-VA ont beaucoup moins de scrupules que les socialistes francophones à voir des grands patrons gagner des mille et des cents.

Mais, dans le contexte très particulier des mesures qui risquent de pénaliser le pouvoir d’achat des travailleurs et de l’agitation sociale du moment, ces déclarations sont presque considérées comme une provocation de la coalition de centre droit, voire une forme de cynisme. D’ailleurs, ces déclarations n’ont pas manqué de susciter des avis sarcastiques de l’opposition Écolo soulignant la «gifle» infligée aux travailleurs des entreprises concernées.

Comme il se doit…

Sauf, qu’en y regardant de plus près, la fameuse règle des 290 000€ n’a jamais été coulée dans un texte de loi sous la précédente majorité! Sauf (aussi), que cette mesure coercitive n’a jamais été que très diversement appliquée, au cas par cas, et ne concerne ni les patrons de bpost ni de Belgacom, comme le rappelait hier L’Écho.

Quelle règle, alors, pour les top managers des entreprises publiques? Celle d’un libéralisme à tous crins du gouvernement Michel ou celle prétendument restrictive de l’ancienne majorité? Mais qui, au bout du compte, n’a jamais été qu’un effet d’annonce!