ROMAN GRAPHIQUE

Agatha Christie détestait Hercule Poirot

Agatha Christie détestait Hercule Poirot

Quatre mains au scénario, deux à l’image, «La vraie vie d’Agatha Christie» méritait bien un roman graphique!

Résumer la vie d’Agatha Christie dans un roman graphique de 114 pages, fameux défi! C’est pourtant celui retenu par Anne Martinetti – grande spécialiste et «amoureuse» de la romancière anglaise – et Guillaume Lebeau, scénariste et romancier. Avec l’aide au crayon d’Alexandre Franc, ils proposent Agatha, la vraie vie d’Agatha Christie, une partition véritablement écrite à quatre mains. «Peut-être que j’ai surtout été le scénariste et Anne «la» spécialiste, nous confie Guillaume Lebeau, mais nous avons réellement travaillé ensemble.» Quand on s’attaque à un tel sujet, le plus difficile est finalement de trier les infos. «Nous avions accès à toutes les sources, à tout ce qui a déjà été écrit, à tout ce qu’Anne connaît. Elle est éditrice aux éditions du Masque et fan d’Agatha Christie depuis qu’elle est petite. Elle n’arrête pas de relire ses romans. Nous avons donc dû trouver un axe fort pour raconter une vie par ailleurs très longue.»

Les auteurs ont donc décidé d’axer leur propos sur la «vraie» vie d’Agatha, «nous avons voulu parler simplement d’elle et de ce qui, dans sa vie, a nourri son œuvre».

Premier aspect de cette longue vie, la modernité du personnage. «Malgré l’héritage victorien, c’est une femme très moderne. Elle a son permis de conduire, une voiture. Elle va divorcer, rarissime à l’époque surtout dans son milieu. Elle part seule en voyage jusqu’en Irak, plus tard elle est aussi la première Anglaise à faire du surf. Il y a vraiment chez elle une dimension de femme émancipée.»

L’autre axe fort du roman graphique, c’est Hercule Poirot! Il apparaît tel un fantôme ou un compagnon, donnant la réplique au personnage d’Agatha. «C’est un choix très BD et sans doute pas très scientifique. Mais d’un autre côté, il est important aussi de s’intéresser aux créatures qui en disent souvent beaucoup plus sur leur auteur que l’auteur lui-même, comme un reflet dans un miroir.»

On sait que c’est la rencontre avec des réfugiés belges, durant la Première Guerre mondiale et alors qu’elle était infirmière, qui a inspiré à la romancière le personnage d’Hercule Poirot. «Mais elle le détestait. Il est profondément antipathique. Et ce n’était pas une pose d’auteur, c’est presque psychologique. Quand elle le crée, elle ne sait pas le succès qu’il va avoir…»

Agatha Christie va essayer de se débarrasser de son personnage. «Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle écrit la mort du détective dans Hercule Poirot quitte la scène et l’enferme dans un coffre-fort. Le roman sortira finalement en 1975 et c’est un peu comme si Poirot ne laissait pas le dernier mot à Agatha Christie puisqu’elle ne lui survivra pas. Elle est morte début 1976. Dernièrement, son petit-fils a donné l’autorisation de publier une nouvelle aventure du détective. Je pense que c’est totalement contre la volonté de la romancière.»

Mais comment expliquer le succès d’un héros peu sympathique et qui ne plaît même pas à son auteur… «Je pense que c’est la qualité des romans dont il est le héros. Agatha Christie est une grande technicienne du récit. Elle a le sens du dialogue, une vision psychologique et les histoires mettant en scène Hercule Poirot sont les plus caractéristiques et les meilleures.»

Pas facile de dessiner un tel personnage tant de fois représenté, déjà, au cinéma ou à la télévision. Alexandre Franc, en adepte de la ligne claire, a choisi la fidélité. «Il a dessiné l’essentiel, un petit bonhomme rond avec un grand nez. C’est le seul!»

Anne Martinetti, Guillaume Lebeau, Alexandre Franc, «Agatha, La vraie vie d’Agatha Christie», Marabulles/Marabout