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Le diabète a explosé en 15 ans

Le diabète a explosé en 15 ans

Les patients diabétiques prennent de plus en plus d’antidiabétiques oraux. Les régimes sont quant à eux en diminution. Photo Maison Diabète

«Ça devient une épidémie »: selon les spécialistes, le diabète pourrait devenir la 7e cause de décès dans le monde d’ici 2030. La Belgique n’échappe pas à l’évolution de cette maladie, qui touche 350 millions de personnes dans le monde.

C’est le constat qu’on retient de la dernière Enquête de Santé (2013) publiée par l’Institut Scientifique de Santé Publique: en Belgique, le nombre de patients diabétiques a plus que doublé en 15 ans.

Ce qu’il faut savoir à deux jours de la journée mondiale du diabète, organisée ce 14 novembre...

Un bond de 25% depuis 2008

En Belgique, 5,3% de la population de plus de 15 ans sont touchés par le diabète, qu’il soit de type 1 (30% des diabétiques) ou de type 2. Soit une augmentation de 25% par rapport à l’enquête précédente réalisée en 2008.

Pour rappel, le diabète de type 1 provient d’un dysfonctionnement du pancréas, qui cesse de produire de l’insuline. Celle-ci doit donc être injectée. Le diabète de type 2, très majoritaire, est le plus souvent associé au surpoids.

Ce sont les personnes sondées par l’Institut scientifique de Santé publique qui déclarent elles-mêmes souffrir de la maladie dans le cadre de cette vaste enquête.

Fiable? «Il y a toujours une marge d’erreur, bien sûr. Mais quand on compare avec les chiffres de l’Inami, on a l’impression qu’on est plutôt dans la sous-estimation », commente Johan Van der Heyden du service Enquêtes, mode de vie et maladies chroniques de l’Institut.

Profils à risques: les moins favorisés très concernés

Par contre, 96% des patients bénéficient d’un suivi médical. «C’est rassurant. Mais il faut garder à l’esprit que beaucoup de patients s’ignorent. Dans sa phase précoce, le diabète ne déclenche aucun signe particulier. Pour prendre en charge la maladie le plus tôt possible, il est important de demander un dépistage de temps en temps auprès de son généraliste », ajoute le Dr Van der Heyden. Une simple prise de sang...

Médecin généraliste qui va aussi repérer plus facilement les personnes à risques.

Profil? «Le diabète de type 2, majoritaire, est clairement lié à l’obésité et au manque d’activités physiques. On constate aussi que les catégories socioprofessionnelles les moins éduquées présentent deux fois plus de risques de développer un diabète, parce qu’elles adoptent des comportements à risques. C’est clairement indiqué dans notre enquête », précise Johan Van der Heyden.

Moins de régimes, plus de médicaments

Côté traitement, une évolution se dessine aussi: moins de régimes et davantage d’antidiabétiques, surtout oraux. Parce que c’est plus facile de prendre un médicament que de changer ses habitudes alimentaires? «Dans la phase précoce, c’est vrai que le médicament peut suffire. C’est plus confortable et ça doit jouer, oui. On constate la même chose avec l’hypertension », raconte le Dr Van der Heyden.

Les patients diabétiques qui reçoivent au moins deux injections d’insuline par jour s’inscrivent aussi dans ce qu’on appelle des «conventions diabète». «Il s’agit de programmes spécifiques développés par l’Inami avec une centaine de centres diabète intégrés dans des hôpitaux », explique Viviane Van Casteren, au Service Étude des soins de santé à l’Institut scientifique de Santé publique.

Les patients qui reçoivent une injection par jour ont quant à eux accès aux trajets de soins (coordination de la prise en charge, du traitement et du suivi du patient).

Maladie complexe, complications lourdes

Bref, une prise en charge de pointe, qui pourrait peut-être aussi être élargie aux patients qui ne sont pas traités par injections d’insuline. Soit la majorité des diabétiques.

Avec quel coût? Trop tôt pour le dire.

Un groupe multidisciplinaire se penche en ce moment sur cette piste. «Mais il s’agit de prévenir ou de retarder au maximum les complications liées au diabète, qui est aussi une maladie très complexe », plaide le Dr Van Casteren.

Complications? Elles sont nombreuses et touchent potentiellement le système cardiovasculaire, les reins, les yeux... «Des transplantations, des dialyses, des infarctus, des AVC, tout ça a aussi un coût très important », réplique Viviane Van Casteren.

«C’est un très gros problème. Et désormais, le diabète lié à l’obésité touche des générations plus jeunes. Avant, on disait que le risque pouvait exister à partir de 40 ans. Aujourd’hui, même si le groupe d’avant 40 ans n’est pas encore énorme, la frontière s’estompe », rapporte le Dr Van Casteren. «On peut dire que le diabète devient une épidémie », conclut-elle.