VERVIERS

Lenny, « pacifiste au cœur du chaos » de la manifestation nationale

Le Verviétois Lenny (dit aussi Norbert Bear) n’est pas un casseur. C’est par son pacifisme engagé qu’il s’est retrouvé au cœur du chaos à Bruxelles.

Le Verviétois qui se fait appeler Lenny (ou Norbert Bear) a surgi dans la plupart des journaux de ce vendredi. Sur le cliché de l’agence Belga ci-contre, on le voit en train d’être arrêté par des policiers lors de la manifestation nationale à Bruxelles. Une des nombreuses images utilisées pour illustrer les débordements de la manifestation, avec une camionnette incendiée par des casseurs à l’arrière-plan. «Cette photo est à l’opposé de mon message et de l’action que nous avons menée à une poignée de jeunes Verviétois du groupe Organise Ta Colère (NDLR: connu notamment pour des tags militants). Nous ne sommes pas des casseurs, nous condamnons toute violence», dit-il.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette confrontation entre policiers et casseurs?

Nous avions participé à la manifestation en tête de cortège et nous avons décidé de poursuivre avec une manifestation sauvage mais pacifiste au siège de la FEB (NDLR: la Fédération des entreprises de Belgique), où nous avons, à 150, occupé le hall d’entrée pendant deux heures pour une assemblée populaire. On a alors appris qu’il y avait des actes de violence un peu plus loin. On a décidé d’aller voir ce qui se passait et on s’est retrouvé en pleine guerre civile. Notre but était d’être des pacifistes au milieu de tout ce bordel. On s’est assis par terre au milieu du no man’s land qui séparait les policiers et les casseurs. L’idée était de créer un pont entre ces deux fronts, dans tout ce bordel. C’est surtout là où il y a le chaos que le pacifisme de lutte trouve son sens. Nous sommes restés là, à trois puis deux, pendant plus d’une demi-heure, à rechercher le dialogue, notamment avec les policiers, avec nos panneaux et nos slogans.

Ça a marché?

On n’a pas réussi à aller jusqu’à eux. Mais c’est ça aussi qui fait la beauté de l’action. C’est tout le symbole.

Jusqu’à vous faire arrêter?

Chaque fois que les manifestants se rapprochaient, les policiers actionnaient leur autopompe et lançaient des gaz lacrymogènes pour les disperser. À un moment - nous n’étions plus que deux, alors -, on n’en pouvait plus, on n’arrêtait pas de tousser et on a reculé. Mais on a décidé d’aller jusqu’au bout de la désobéissance. Au moment où la police a chargé, je me suis mis dos à eux, debout, les bras écartés, pour bien leur montrer que je n’avais rien fait, qu’on n’avait rien à me reprocher. Je me suis fait immobiliser par terre, évidemment et j’ai reçu des coups de matraque, évidemment.

C’était donc votre but de vous faire arrêter (comme précédemment pour des tags à Liège)?

C’était une façon de s’attaquer au cliché selon lequel les jeunes radicaux, anarchistes, seraient des casseurs. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il n’était pas question de prendre la fuite. Nous n’avions rien fait de mal. Je répète que nous condamnons les actes de violence qu’une minorité a commis, les lancers de pavés, les incendies de voitures de gens qui n’en pouvaient rien et sont elles aussi victimes du système que nous dénonçons. Nos messages pacifistes s’adressaient d’ailleurs aussi aux casseurs. Nous sommes dans le pacifisme constructif.

Vous croyez que le message est passé?

Je ne sais pas. Mais imaginez un peu une foule qui adapte ce comportement, sans cette violence qui dessert tout le monde…