La « stratégie » de la tension

Pétards puissants et pierres contre gaz lacrymogènes et tirs de balles en caoutchouc. AFP

La tension reste vive autour de l’Esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est. Faisant craindre une nouvelle intifada.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est employé jeudi à désamorcer la colère musulmane autour de l’ultra-sensible esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, au moment où quelques dizaines d’extrémistes juifs défiaient ses appels à faire retomber la tension.

Environ 150 d’entre eux, des jeunes religieux pour la plupart, se sont dirigés en soirée vers la Vieille ville que surplombe l’esplanade pour réclamer non seulement le droit d’y prier, mais aussi de reprendre possession de ce qu’ils appellent le mont du Temple, selon un journaliste de l’AFP.

«Le peuple juif est lié au mont du Temple», a lancé l’ancien député Michael Ben Ari, «Pourquoi nos ancêtres priaient-ils? Pour les bars de Tel-Aviv, pour la promenade de Haïfa? Ils priaient pour revenir sur le mont du Temple». Les extrémistes n’avaient quasiment aucune chance que les policiers les laissent approcher de l’esplanade. Ils se sont donc résignés à achever leur marche auprès du mur des Lamentations, au pied de l’esplanade, mais les policiers ne les ont même pas laissés aller jusque-là. Les extrémistes ont dû prier devant le poste contrôlant l’accès au mur.

Dans le climat de crispation auquel Jérusalem-Est est en proie depuis l’été, l’appel à marcher «jusqu’aux portes du mont du Temple» faisait redouter une nouvelle flambée de violences après celle que les mêmes extrémistes avaient provoquée la veille sur l’esplanade et qui s’est ensuite propagée à plusieurs quartiers. Neuf personnes, dont quatre auteurs ou auteurs présumés d’attaques, ont été tuées depuis juillet. Depuis une première attaque de la sorte le 22 octobre, «188 personnes, dont 71 mineurs, ont été arrêtées» à Jérusalem-Est, selon la police. Depuis l’été, ce sont près d’un millier de Palestiniens qui ont été interpellés.

Réaction de la Jordanie

L’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, est au cœur des tensions. Les extrémistes juifs indignent les musulmans en réclamant le droit de prier sur l’esplanade qu’ils vénèrent comme le site du Temple juif détruit par les Romains en l’an 70 et dont l’unique vestige est le mur des Lamentations, en contrebas. Les plus ultras dressent des plans pour le reconstruire.

La Jordanie, gardienne du site et en tant que telle porte-parole de l’exaspération musulmane, a rappelé son ambassadeur en Israël. L’un des deux seuls pays arabes à avoir conclu un accord de paix avec Israël s’est dit prêt à prendre des mesures.