L’édito par Thierry dupiereux

Logique de blocs

Logique de blocs

EDA - Jacques Duchateau

Mobiliser plus de 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles, ça vous dope une contestation sociale, ça vous confie une légitimité venue de la rue.

Après ça, les revendications ne peuvent être que prises en considération. Bref, il faut se mettre autour de la table, pour discuter. Sauf évidemment si le but recherché était de faire du bruit pour du bruit ou d’entériner définitivement une rupture. Mais, hier, malgré la casse et un premier contact un peu froid entre le Premier ministre et les syndicats, il a été question de concertation, de négociation. Dans ce cadre-là, les syndicats entendent montrer au gouvernement que lorsqu’ils seront autour de la table, ce n’est pas une petite équipe du front commun qui sera présente, mais plus de 100 000 personnes. La manif d’hier, c’est une façon de planter le décor d’un bras de fer qui se déroulera à huis clos, certes, mais avec la participation d’un énorme clan de supporters virtuels massés au balcon. C’est du rapport de force. De l’intimidation par procuration qui devrait se renforcer via les grèves annoncées. Le message que les syndicats veulent aussi faire passer, c’est que si une concertation se met en place, ce sera grâce à leur pression.. Bref, le mérite du dialogue (forcé) leur reviendrait. Si on se place du côté du gouvernement, le discours est évidemment différent. Cette concertation était souhaitée par lui. Hier, l’Union wallonne des entreprises a d’ailleurs pris la défense de l’exécutif fédéral affirmant que «les syndicats ont refusé toutes les invitations à cet effet, y compris celle lancée au Groupe des dix par MM. Michel et Peeters, le lendemain même de leur désignation comme coformateurs, c’est-à-dire avant même que le programme gouvernemental soit fixé! » L’UWE a réclamé, une fois la rancœur évacuée, «une vraie concertation », ce qui tombe bien, car les syndicats eux aussi ne veulent pas «d’une concertation bidon ». Alors tout le monde d’accord? Hum, pas si vite. Sur le fait de se retrouver autour d’ une table, peut-être, mais pour ce qui est du but final… Là, on est toujours face à un bloc qui dénonce un «bain de sang social » assorti de «cadeaux empoisonnés » et un autre qui évoque la nécessité de «mesures rapides et certes parfois douloureuses ». La concertation si elle se concrétise risque d’être aussi chaude que les esprits dans le cortège d’hier.