La solution ? « Le déguerpissement »

Des photos, des médicaments pour témoigner des conditions sanitaires qui se dégradent autour de l’usine ICS.

«J’étais dans mon champ. Quand j’ai senti la fuite, je suis tombé…» Ce villageois est une des victimes de l’usine chimique ICS.

Car en plus d’engloutir les terres agricoles des villageois, les ICS sont accusées par la communauté de polluer la région. Les fuites de gaz sont régulières et les villageois sont convaincus que leur santé est menacée. Deux jours avant notre venue, les habitants de Gade affirmaient avoir été réveillés par «un épais brouillard.»

Ils ont fait des photos de leur environnement qui se dégrade, des feuilles des arbres qui changent de couleur. «Toutes nos toitures en tôle sont attaquées par les vapeurs d’acide.»

Peu d’experts se déplacent jusque dans leur village. Après ce dernier incident, le centre médical de Taiba Ndiaye a été alerté. Mais c’est un infirmier qui s’est présenté et qui a consulté 214 personnes. Dans son rapport daté du 13 octobre, il confirme avoir constaté de nombreux problèmes de toux et de douleurs thoraciques: «la situation sanitaire de ces deux villages est très alarmante du fait de la pollution qui sévit dans cette zone», écrit-il. Et de conclure: «les solutions préconisées pour ces deux villages sont le déguerpissement.»

Quel est l’impact réel de l’usine sur l’environnement? Nous n’avons objectivement pas les moyens de juger ce qui s’y passe. Mais les témoignages à charge ne manquent pas. «Nos enfants toussent, ils ont des problèmes de vue.»

À bout, les habitants en viennent parfois aux mains. Des altercations éclatent avec les ouvriers de la mine. «C’est pire dans le village voisin. Là-bas, il y a tellement de poussière qu’on ne peut plus y vivre. La gendarmerie a été appelée et des habitants ont été emprisonnés.»

Certains villageois sont plus malades que d’autres. Mais, faute de moyens, ils n’ont pas accès aux soins. «Depuis que j’ai respiré le nuage dans mon champ, le mal a empiré. Je suis allé dans des structures de santé. J’ai des problèmes aux reins et une tumeur au sein gauche. On m’a demandé d’aller à l’hôpital mais je n’ai pas d’argent.» À peine de quoi se payer les deux tablettes de médicaments qu’il tient entre ses mains: un anti hypertenseur couplé à un diurétique. L’autre permettant de lutter contre les anxiétés et les troubles du sommeil.