Une incertitude risquée pour le réseau

Si la consommation chute trop rapidement, le réseau électrique peut connaître un bug. EdA - Jacques Duchateau

Une chute trop brutale de la consommation électrique peut engendrer l’effet inverse à celui escompté. Analyse, avec Damien Ernst (ULg)…

Bien sûr, il faut trouver des solutions pour détendre le réseau électrique en cas de risque de pénurie et donc de black-out.

Mais, estime Damien Ernst, professeur à l’ULg, envoyer des signaux d’alarmes à tous les consommateurs pour qu’ils réduisent à un moment précis leur utilisation électrique comporte des risques.

«A priori, cela peut sembler une bonne idée , explique l’universitaire. Le problème, c’est qu’on ne sait pas comment les consommateurs vont modifier leur comportement. Et cela va engendrer une incertitude dans la gestion de l’équilibre du réseau.»

En clair, si tout le monde arrête de consommer de l’énergie au même moment (par exemple entre 17 et 20 heures, comme le prévoit le plan de délestage ), cela engendrera une chute brutale sur le réseau alors que la production sera la même. Ce qui pourrait amener à une «mise en sécurité» des unités de production… et donc de générer une sorte de black-out inversé. C’est ce qui est arrivé dans l’Est de l’Europe en 2006. En Pologne, notamment, ou la consommation avait chuté d’un coup, les difficultés à relancer les unités de production avaient été bien plus grandes que dans les pays où la pénurie électrique avait eu lieu.

Autre souci, selon Damien Ernst: l’effet rebond. «Il va falloir gérer le fait que les gens vont déplacer leur consommation plus tard dans la soirée».

Ce qui signifie qu’après 20 heures, par exemple, la consommation risque carrément d’exploser… et à nouveau de créer une forme de black-out parce que les centrales ne peuvent plus suivre.

Ce à quoi la ministre Marghem répond du tac au tac et un brin irritée: «vous croyez que tout le monde va commencer à repasser après 20 heures? Moi je n’y crois pas…». Un peu court sans doute.

Mais alors, quelle solution pour diminuer la consommation et éviter le black-out?

Damien Ernst avance: «D’abord il est plus facile de contrôler la charge électrique quand c’est contractualisé: les entreprises, on les oblige, par contrat à réduire leur consommation. Pour les consommateurs privés, on ne peut pas contrôler leur comportement. Raison pour laquelle on doit généraliser les compteurs “ intelligents ”».

Qui permettent de contrôleur la consommation quart d’heure par quart d’heure. Et donc de demander de manière ciblée au client (par sms, par exemple) de diminuer sa charge.