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Mystère et controverse en France après le survol de drones au-dessus de centrales nucléaires

Des drones ont de nouveau été détectés vendredi soir au-dessus de cinq centrales nucléaires en France, portant à près d’une quinzaine en moins d’un mois le nombre de ces survols mystérieux face auxquels les autorités observent une grande discrétion.AFP

Curieux, mauvais plaisantins, apprentis terroristes? Un épais mystère entoure en France la multiplication des survols de centrales nucléaires par des drones, qui embarrasse les autorités et rallume le débat sur la sécurité des installations au pays champion de l’atome.

Par Bertrand PINON

Trois jours après la révélation de l’affaire et pour la deuxième soirée de suite, des appareils ont été de nouveau détectés vendredi au-dessus d’au moins cinq centrales, portant à une quinzaine le nombre de ces survols en moins d’un mois.

De sources proches du dossier, le survol a concerné les sites normands de Penly et Flamanville, dans le nord-ouest du pays, ceux de Saint-Laurent-des-Eaux et Dampierre-en-Burly (centre) et la centrale alsacienne de Fessenheim (est), doyenne du parc français.

Selon l’ONG Greenpeace, une sixième centrale aurait également été approchée, à Belleville-sur-Loire (centre).

Le site de Penly avait déjà fait l’objet d’un survol jeudi soir, de même qu’un autre, à Golfech (sud-ouest).

EDF, le géant français de l’électricité qui gère les 58 réacteurs nucléaires répartis sur les 19 centrales du pays, avait allumé la mèche en faisant état la veille d’opérations similaires depuis le 5 octobre au-dessus de sept autres sites disséminés sur le territoire.

Les bâtiments du Commissariat français à l’énergie atomique, basé à Saclay en banlieue parisienne, auraient également été ciblés, d’après Greenpeace.

L’extrême discrétion d’EDF et des autorités politiques, policières ou militaires n’est pas du goût de l’organisation écologiste, qui a appelé samedi le ministère de l’Intérieur à «sortir du silence» et «arrêter de minimiser le risque».

«L’ampleur de ces opérations et les moyens matériels utilisés sont de plus en plus inquiétants», juge Greenpeace. En 2012, un de ses militants, filmé à l’aide d’un drone, avait lui-même atterri en parapente en 2012 sur la centrale de Bugey (centre-est) mais cette fois, le mouvement «nie toute implication».

Informations au fur et à mesure

«Ce qui est très dérangeant, c’est qu’on a les informations au fur et à mesure et qu’on apprend finalement que de plus en plus de centrales ont été survolées», a critiqué vendredi Emmanuelle Cosse, chef de file du parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV), ancien allié des socialistes au pouvoir avec qui il a rompu au printemps.

De fait, tant EDF que les pouvoirs publics s’évertuent au minimum de publicité sur l’affaire. Tout en voulant porter plainte contre chacun des survols, le gérant du parc nucléaire les a relégués jusqu’ici au rang d’incidents «sans conséquences».

Le ministère de l’Intérieur en a relativisé la portée jeudi en soulignant que «tous» avaient été «détectés» et ne représentaient «aucun danger pour la sécurité des installations survolées, qui sont censées résister à des secousses sismiques de forte magnitude ou des crashs d’avions de ligne».

Des petits engins...

Un porte-parole de la gendarmerie a pour sa part expliqué que les engins utilisés lors des deux survols du même jour n’avait pas été neutralisés «car ils ne représentaient pas de menace directe».

Le modus operandi utilisé jusqu’ici, des «mini-drones» lancés chaque fois dans les airs en soirée ou tôt le matin, laisse perplexe à l’heure où le scénario jamais vu d’un attentat perpétré par un drone n’est plus exclu par les spécialistes de la lutte antiterroriste.

Selon un responsable de l’Autorité de sûreté nucléaire française, les engins détectés lors des survols des dernières semaines n’étaient toutefois que des appareils de loisirs, vendus dans le commerce et trop légers (moins de 2 kilos) pour emporter des explosifs.

Mais aussi des drones succeptibles de porter des charges

En revanche, des drones plus sophistiqués utilisés normalement dans la surveillance d’installations industrielles ou de zones agricoles seraient à même d’emporter des charges non négligeables.

«Un drone de taille moyenne peut porter une charge suffisante pour endommager le bâtiment de la piscine de stockage des combustibles irradiés», soutient ainsi Greenpeace.

L’affaire apparaît d’autant plus sensible en France que le pays est le deuxième producteur mondial d’électricité d’origine nucléaire. Le survol des centrales nucléaires, interdit dans un périmètre de cinq kilomètres et 1.000 mètres d’altitude autour des sites, y est passible d’un an de prison et 75.000 euros d’amende.