FRANCE

La mort du patron de Total décapite la plus grande entreprise française

La mort du patron de Total décapite la plus grande entreprise française

Christophe de Margerie est décédé dans la nuit de lundi à mardi dans un accident d’avion. AFP

Le PDG de Total, Christophe de Margerie, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à 63 ans dans un accident d’avion en Russie: les hommages affluaient après cette perte brutale d’un grand patron très charismatique, qui décapite la plus grande entreprise française.

Le patron du géant pétrolier, première entreprise française par les bénéfices et deuxième par la capitalisation boursière derrière Sanofi, a été tué dans la nuit de lundi à mardi dans l’accident d’un avion privé entré en collision avec une déneigeuse alors qu’il s’apprêtait à décoller de l’aéroport de Vnoukovo, près de Moscou.

L’appareil s’est écrasé peu avant minuit (heure locale) en provoquant la mort de la totalité de ses quatre occupants, dont trois membres d’équipage.

Selon le comité d’enquête russe, le conducteur de l’engin était «en état d’ivresse» au moment de l’accident.

De son côté, le Bureau français d’enquêtes et d’analyses (BEA) pour la sécurité de l’aviation civile va dépêcher trois enquêteurs à Moscou dans la journée pour tenter d’éclaircir les conditions de l’accident de l’avion, un Falcon 50 exploité par la compagnie Unijet.

L’action Total perdait 1,49% à 42,30 euros peu après l’ouverture de la Bourse de Paris.

Un ami de la Russie

L’annonce du décès de M. de Margerie, un ami de la Russie alors que la crise ukrainienne a conduit à une détérioration sans précédent depuis la fin de la Guerre froide 1991 des relations entre Russes et Occidentaux a suscité de nombreux hommages dès le petit matin en France.

Le président François Hollande a salué le «caractère indépendant» et la «personnalité originale» du grand patron, qui «défendait avec talent l’excellence et la réussite de la technologie française à l’étranger».

Le Premier ministre français, Manuel Valls, a estimé que la France avait perdu «un dirigeant d’entreprise hors du commun» et «un grand capitaine d’industrie et un patriote», alors que le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a déploré la perte d’«un ami».

Pour la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, «on pouvait parler sans tabous (avec lui) de l’avenir énergétique du pays et de la planète».

Le PDG atypique, doté d’un humour grinçant, n’avait de cesse de défendre l’image de la major pétrolière, aussi puissante que contestée en raison notamment de sa présence en Birmanie ou de la marée noire provoquée par le naufrage de l’Erika sur les côtes françaises en 1999.

«C’était quelqu’un qui avait effectivement à la fois le tutoiement facile, la bise facile, l’humour! Mais c’était un humour chaleureux. Quand il avait des choses à dire, il ne mâchait pas ses mots. C’était quelqu’un de décalé par rapport à l’establishment», a commenté Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez.

Total, dont le conseil d’administration se réunira «dans les plus brefs délais», avait confirmé dans la nuit le décès de son patron charismatique, annoncé quelques heures plus tôt par les médias russes.

«Le groupe Total confirme avec une grande émotion et une profonde tristesse que son président-directeur général Christophe de Margerie est décédé cette nuit peu après 22h (heure de Paris) dans un accident d’avion», selon un communiqué.

L’aéroport de Vnoukovo, l’un des trois aéroports internationaux de Moscou, a précisé dans un communiqué que l’avion s’était écrasé alors qu’il s’apprêtait à décoller pour Paris avec une visibilité de 350 mètres.

Arrivés sur place, les secours ont «immédiatement commencé à éteindre le feu qui s’était déclaré».

Les boîtes noires de l’appareil ont quant à elles été trouvées par les experts dépêchés sur place, selon une source au sein de l’aéroport citée par l’agence Interfax.

Réunion avec le Premier ministre

Une enquête sur les circonstances de l’accident a été ouverte auprès du Comité intergouvernemental d’aviation, qui enquête sur tous les accidents aériens en Russie, ainsi qu’auprès de l’agence fédérale d’aviation russe, dont le directeur, Alexandre Neradko, a promis de suivre le dossier personnellement.

Selon le quotidien russe Vedomosti, Christophe de Margerie revenait d’une réunion avec le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, consacrée aux investissements étrangers en Russie au moment où les sanctions américaines et européennes décrétées dans la foulée de la crise ukrainienne frappent durement Moscou.

Bénéficiant de bons contacts au sommet de l’Etat russe, le patron faisait partie des hommes d’affaires français qui prônent l’investissement en Russie, un pays important dans la stratégie du groupe qui ambitionne d’en faire sa principale zone de production d’hydrocarbures à l’horizon 2020.

Total est partenaire avec le russe Novatek dans le gigantesque projet gazier Yamal, dans le Grand Nord russe.

Surnommé «Big Moustache», Christophe de Margerie était devenu directeur général de Total en 2007 puis PDG en 2010, après toute une carrière au sein du géant pétrolier.

Sous son égide, Total avait accéléré ses investissements dans l’exploration, pour remplir des objectifs ambitieux de croissance de sa production de pétrole, avant d’amorcer une marche arrière en septembre dernier.

Parallèlement, le groupe n’avait pas hésité à restructurer ses activités en France, avec la fermeture de sa raffinerie de Dunkerque (nord) en 2010, puis la réorganisation de son site pétrochimique de Carling en Moselle (est) annoncée l’an dernier.

Marié, Christophe de Margerie était père de trois enfants.