HAVINNES

Lucas, 6 ans et malvoyant, un élève comme les autres (Vidéo)

L'histoire de Lucas from L'Avenir - Mobile on Vimeo.

À priori, rien ne distingue Lucas des autres enfants de la classe. Si ce n’est son bureau incliné qui lui permet de voir sans se fatiguer. Lucas est malvoyant et suit sa scolarité classique dans une classe d'intégration, dans le village d'Havinnes, près de Tournai.

Dans le réfectoire où s'occupent les enfants en attendant de rentrer en classe, Lucas Hanssens est en train de colorier des dessins de cerises. Rien ne le distingue de ses petits camarades occupés, eux aussi, à dessiner sur la même table. Rien, si ce n’est qu’il a tendance à se pencher  plus fort que les autres sur sa feuille...

Une attitude qui trahit le handicap dont souffre le souriant petit garçon depuis sa naissance en septembre 2008 mais qui ne fut découvert que bien plus tard alors qu’il  fréquentait déjà l’école maternelle. « La rétine de Lucas ne s’est pas développée normalement et on ne peut rien faire dans l’état actuel, explique sa maman Johanna. Il revenait de l’école avec des bleus parce qu’il se cognait partout. Nous avons été consulter des spécialistes à Bruxelles et le diagnostic est tombé: dystrophie rétinienne. Des recherches sont en cours, à Lille et à Paris, pour savoir quelle est la cause exacte de sa maladie mais pour l’instant, nous n’avons pas de réponse. Lucas n’a que 1/10e à l’œil droit et 2/10e au gauche mais, malgré son handicap, j’ai voulu qu’il poursuive une scolarité normale. ... »

La maman a alors entamé un parcours du combattant pour trouver une école «normale» qui accepterait de prendre son fils en charge. Celle où il avait effectué ses maternelles lui ayant opposé un refus catégorique. C’est auprès de l’échevin de l’enseignement communal de Tournai, Philippe Robert, qu’elle trouva une oreille attentive. Plusieurs propositions furent formulées et c’est en définitive à Havinnes,  la classe de Mlle Cynthia Tranchait, que Lucas a rejoint. Il y suit sa scolarité en première primaire au côté des autres élèves de son année, mais aussi des 2e et  3e que suit l’institutrice. Laquelle avoue avoir un peu appréhendé l’expérience avant de  se lancer dans l'aventure mais se dit désormais ravie de la présence de Lucas qui respire la joie de vivre.

Avec l’aide de l’IRSA et de « Triangle-Wallonie »

L’IRSA, l’Institut Royal pour Sourds et Aveugles, est le plus grand centre francophone d’enseignement et d’éducation pour les personnes atteintes de troubles de la vue, de l’ouïe, du langage ou instrumentaux. Tous les mardis, une personne issue de cet organisme vient assurer un soutien pédagogique à Lucas au sein de l’école. Celui-ci est également suivi par des membres du « Triangle-Wallonie»,  qui s’intéresse quand à elle plutôt au projet global de l’enfant au sein de l’école, mais aussi à l’extérieur ainsi qu’au sein de sa famille. L’association des « Amis des aveugles » de Ghlin intervient également pour aider Lucas à gérer de manière autonome certains gestes de la vie de tous les jours. 

Question d'adaptation

Si le handicap de Lucas passe aujourd’hui inaperçu, c’est parce qu’il est particulièrement bien intégré au sein de la petite école du village. Une intégration qui passe par l’adaptation, souvent par ailleurs très discrète, de son environnement immédiat. Ainsi, par exemple, son banc n’est pas tout fait comme ceux des autres enfants. Spécialement réalisé par les ouvriers communaux, celui-ci présente un plan incliné. « Cela permet à Lucas de ne pas être obligé de se pencher de manière trop importante sur ses travaux (ndlr : comme il le faisait dans le réfectoire où là, il travaillait sur une table classique), explique Mlle Cynthia. Son plan de travail est peint en noir et lorsqu’il change de place pour aller devant le tableau numérique, nous mettons une grande feuille noire sur son espace de travail. Cela, parce qu’il a besoin de contrastes importants pour distinguer ses feuilles qui ne ressortiraient pas suffisamment sur un fond plus clair. Sur son bureau, j’ai également fixé un nombre limité de crayons, poursuit l’institutrice, car il est très difficile pour lui de reconnaître les nuances de couleurs dans un environnement trop touffu comme dans un plumier classique, par exemple.... » Il faut encore songer à agrandir les lettres ou pictogrammes des devoirs qui lui sont imposés comme à n’importe quel autre élève. Des adaptations qui nécessitent certes un peu plus de travail de la part de l’institutrice mais, comme elle le dit elle-même, « ce n’est vraiment pas la mer à boire en regard des résultats engrangés par Lucas.Ce dernier peut aussi compter sur la collaboration avec ses petits camarades de classe avec lesquels le courant passe particulièrement bien..." Ceux-ci sont tous au courant des difficultés de Lucas qu’ils invitent volontiers à leurs jeux comme n’importe quel autre enfant. Et c’est sans doute là le résultat le plus tangible de cette intégration particulièrement réussie.