Intolérance au venin

EdA

L’autre dimanche, j’étais décidé, comme souvent, à regarder les débats dominicaux à la télévision. J’allais une fois de plus zapper de l’un à l’autre.

On ne se refait pas…

Je n’ai rien senti venir. Et pourtant, il a dû se passer quelque chose. Quoi? Je ne sais pas. Il faisait plutôt beau dehors. La tentation du jardin? Non. Le dernier barbecue de l’année? Non plus. Ça n’avait rien à voir.

J’ai allumé la télé, sans faire attention à la chaîne, mais c’était l’une ou l’autre de nos nationales. J’ai reconnu une voix et puis immédiatement une autre qui coupait la première. Je me suis surpris à éteindre dans un geste réflexe.

Je ne pense pas que le ton était plus cassant que la veille ou l’avant-veille. En tout cas, personne n’avait traité son contradicteur de «collabo» ou amabilité de ce genre. Mais je n’avais plus l’envie. Pourtant Dieu sait que j’ai aimé ces passes d’armes. C’était comme un trop-plein, une overdose.

Sur les chaînes françaises, les émissions de divertissement avaient des titres presque ironiques par inadvertance: Les douze coups de midi, ou Tout le monde veut prendre sa place… De là à les regarder… Je refusai de me laisser-aller. Je rallumai sur l’autre chaîne nationale. Une voix. À son tour coupée. J’éteignis à nouveau. Une dernière tentative me plongea dans une cacophonie. J’abandonnai pour de bon.

Je me suis souvenu qu’un ami m’avait raconté pourquoi certains apiculteurs doivent renoncer à leur passion. Après avoir été piqués des centaines de fois sans conséquences, subitement, ils développent une allergie, une intolérance au venin des abeilles.

Ça devait être quelque chose de ce genre qui m’arrivait. Je me demandai si j’étais le seul à cette heure-là, ou si d’autres, comme moi, devenaient «intolérants» en ce doux dimanche d’automne.