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« Tu es une femme, tu peux tout faire »

Sans famille pour les protéger, les filles deviennent vite des proies. Des centres de réhabilitation ont été créés pour les aider.

Au milieu d’une rue en pavés, une double porte métallique barre l’accès à une maison, protégée par de hauts murs. Aucune enseigne, aucun panneau juste un vieux gardien qui vous ouvre la porte avec un large sourire. Celle-ci donne accès à une cour intérieure. Sous un préau, une jeune fille prépare le café à la manière traditionnelle, en broyant des grains de café dans un mortier posé sur un brasero. De l’encens s’échappe d’une coupelle. Nous sommes dans un des trois centres de réhabilitation et d’intégration pour jeunes filles gérés par le Forum Sustainable Child Empowerment, à Akaki Kaliti. On en compte deux autres à Addis Abeba, plus quatre autres dans le pays.

Ce jour-là, le centre reçoit la visite de représentants de Plan International. L’ONG ne participe pas encore au financement de ce centre, mais pourrait le faire car il rentre parfaitement dans ses objectifs de protection de l’enfance.

Le centre peut accueillir jusqu’à 30 jeunes filles de la rue, de 14 à 18 ans. Ce lundi, elles sont une vingtaine à avoir pris place sur des chaises réparties le long des murs de la salle d’activités. Toutes ces filles ont connu un destin peu enviable: drogue, alcool, prostitution infantile… La plupart sont illettrées.

Au fond de la salle, Kalikida raconte son histoire, avec force gestes. «Mes parents sont morts quand j’étais petite, et j’ai été recueillie par des proches. J’avais douze ans et comme je n’avais rien, une femme est venue me trouver et m’a dit: tu es une femme, tu peux tout faire. Elle m’a invité à l’accompagner en dehors de la ville.» Dans la maison d’un homme, on lui a offert à boire et la jeune fille est tombée endormie. Quand elle s’est réveillée, elle était couverte de sang: elle avait été violée. «La femme qui m’accompagnait m’a donné des vêtements et des serviettes hygiéniques. Elle m’a donné 600 tibis (NDLR: 20 euros) et elle a gardé 100 tibis pour elle.»

Plusieurs fois, cette dame est venue la relancer. «Au début, j’ai refusé, puis j’ai fini par accepter». Et Kalikida est tombée dans l’engrenage de la prostitution.

Coiffeuse

Il y a deux mois, les travailleurs sociaux l’ont repérée en rue et lui ont proposé d’intégrer le centre. Elle apprend à se libérer de ses addictions, étudie les rudiments de la lecture et de l’écriture et surtout acquiert de nouvelles compétences. Qu’aimerait-elle faire à la sortie du centre? «J’apprends à devenir coiffeuse», dit-elle. Mais pour l’heure, des soucis plus pressants occupent son esprit. «Mes deux frères, de 13 et 14 ans sont dehors, le centre ne peut s’occuper d’eux. Il faudrait que je puisse m’en occuper.» Le responsable du projet Meseret tente de la rassurer. «Des travailleurs sociaux vont essayer de s’occuper de tes frères.»

Une nécessité, sans quoi Kalikida risque de demander à quitter prématurément le centre et le travail mis progressivement en place depuis deux mois n’aura servi à rien.