Filles et garçons mobilis és contre les mariages forcés

Elles sortent à peine de l’enfance mais sont déjà terriblement lucides. Le vœu le plus cher de ces écolières: échapper aux viols et aux mariages précoces.

Filles ou garçons, ils se sont réunis sous le toit de chaume de la case à palabres, au centre de l’école. Tous élèves de la Diramo Aferara school. Ils ont pris place sur la banquette circulaire, tapissée d’herbes sèches. À l’horizon, le ciel s’est teinté de gris, comme pour se mettre au diapason de la discussion du jour.

Cette école, située dans la région d’Awassa, dans le sud de l’Éthiopie, s’est engagée au côté de Plan International dans la lutte contre les violences sexuelles et les mariages précoces. Comme l’explique Abaynem, le coordinateur Plan sur ces questions, «différentes interventions sont mises en place. Nous proposons un programme de soutien psychosocial. Les clubs de garçons et de filles s’emparent aussi des questions de violences sexuelles.»

Ces violences prennent diverses formes. Il y a les viols, mais aussi les mariages forcés, dont les femmes parlent souvent difficilement. Ces pratiques se perpétuent en se fondant sur la tradition. C’est le cas aussi des mutilations génitales, sujet souvent tabou dans les campagnes. Qu’en pensent les jeunes? «Je déteste ce genre de pratiques, se risque Tigist Beyene, une jeune ado. C’est pourquoi j’ai décidé de joindre le club qui lutte contre ce type de violences. On apprend que ce qui est présenté comme la tradition ne sont en fait que de mauvaises pratiques. Et quand nous sommes formés, nous essayons de convaincre d’autres de ne pas accepter ces pratiques.» Tigist a commencé par sa propre famille, avec succès.

En principe, les filles ont le choix d’accepter ou de refuser l’excision, mais la pression familiale se fait souvent insistante. «On nous dit que c’est la tradition, poursuit Tigist. D’autres motivations sont parfois avancées. On dit aux filles qu’elles ne trouveront pas de mari si elles ne sont pas excisées, que leurs organes tomberont sur le sol en grandissant, ou qu’ainsi, elles s’assoiront proprement, sans croiser leurs jambes.»

Les garçons ne sont pas tenus à l’écart de la problématique. Mieux, ils agissent contre ce type de pratiques dégradantes, à en croire Gezahegu Chassa. «Si je suis informé d’un cas de violence sexuelle, je sais que je peux aller trouver mon professeur pour que la justice en soit informée», dit-il. Et le jeune homme d’ajouter qu’il refusera de se marier à une fille s’il apprend qu’elle a été excisée. Une manière de renverser la pression, en somme.

Si vous demandez aux filles de la Diramo Aferara school ce que pourrait être leur vie rêvée, la réponse ne tarde pas à tomber. «On aimerait qu’il n’y ait plus de viols ni de mariages précoces».