THRILLER

Franck Thilliez, encore et « Angor »

Dans son nouveau et glaçant thriller, le romancier ajoute à ses héros Lucie et Sharko une adjudante greffée du cœur, Camille.

Près de Compiègne, sous un arbre déraciné par la tempête, la police découvre une jeune fille quasi aveugle errant dans un réseau de salles. Ces caves mènent à un bunker situé au fond du jardin d’une maison isolée dont le mystérieux locataire n’a plus donné signe de vie depuis des mois. C’est à Sharko qu’est confiée l’enquête, tandis que sa compagne, Lucie, pouponne leurs jumeaux nouveau-nés. Devrait, du moins, car elle ne peut s’empêcher de mettre son nez dans cette affaire aux contours de plus en plus macabres.

Pendant ce temps, Camille, une adjudante d’une trentaine d’années, tente de retrouver l’identité de celui ou celle dont elle porte le cœur. Car, depuis la greffe, près d’un an auparavant, les mêmes images reviennent régulièrement, celles d’une jeune fille lui demandant de l’aide. Les deux trames vont se rencontrer, envoyant les personnages aux confins de l’horreur, de la vie et de la planète.

Votre intérêt pour le thriller remonte à l’enfance?

À 13-14 ans, j’étais fasciné par Stephen King, par cette peur qu’il parvenait à transmettre à travers ses livres. Et j’ai toujours aimé les histoires complexes. Voir comment, à partir de quelques indices, un enquêteur parvient à reconstituer le parcours d’un assassin. J’ai aussi regardé beaucoup de films policiers et d’horreur en me posant des questions sur cette mécanique de la peur. Mais sans avoir envie d’écrire, c’est venu plus tard.

Lucie et Sharko sont d’abord apparus séparément. Et aujourd’hui, ils ont des enfants!

Je les ai réunis dans Le Syndrome [E], où j’avais besoin d’un double point de vue, un peu à la demande de mes lecteurs. Ce sont eux qui, par leurs réactions et suggestions, tracent le destin de mes personnages. Je n’ai pas de plan préétabli.

Qu’est-ce que l’angor du titre?

Une angine de poitrine. Cette douleur thoracique, les greffés ne peuvent pas la ressentir car, si les veines et artères sont reconnectés au cœur, ce n’est pas le cas du système nerveux. Mais dans 2 ou 3% des cas, le cœur se reconnecte de lui-même, ce que la chirurgie ne peut pas expliquer. Comme chez Camille qui ressent donc l’angor.

Et la mémoire cellulaire?

C’est un phénomène non validé scientifiquement selon lequel un organe greffé, en l’occurrence le cœur, contiendrait les émotions et les souvenirs de son ancien propriétaire. On a vu un homme se mettre à écouter de la musique classique découvrant que son donneur était musicien. Un autre, dont le donneur est mort noyé, ne pouvant plus approcher l’eau. Un autre encore qui reconnaissant son donneur sur une photo.

Dans ce roman, vous parlez de la dictature argentine. C’est une volonté d’ancrer vos fictions dans la réalité?

Cette volonté d’ajouter une dimension historique, de parler de la société, d’éclairer le lecteur sur certaines réalités est venue progressivement. Le roman policier est idéal pour aborder ces thèmes très sombres de notre humanité, pour susciter la curiosité.

Et la télévision, où vous avez créé l’ex-flic marseillais Alex Hugo?

C’est bien car on travaille en équipe mais on est soumis à certaines contraintes. Il ne faut pas trop de scènes de nuit et de montagne, c’est trop cher. On ne peut pas montrer certaines choses, liées à la drogue notamment, que l’on voit pourtant dans des séries américaines qui passent sur les mêmes chaînes. C’est assez frustrant.

Franck Thilliez, «Angor», Fleuve Noir, 619 p. Réédition de «Puzzle» chez Pocket.