Audrey Tautou, ou la délicatesse

De passage à Namur, Audrey Tautou a présenté cinq films extraits de sa filmographie. EdA - Jacques Duchateau

Coup de cœur du Festival du film francophone de Namur, clôturé hier, Audrey Tautou est venue y présenter les chouchous de sa filmographie. Et évoquer son succès. Rencontre avec la reine d’un jour.

Charmante, comme toujours, le cheveu court, comme parfois, Audrey Tautou nous reçoit au cœur d’un théâtre de Namur qui n’a, bien sûr, d’yeux que pour elle. Le temps d’évoquer le coup de cœur du FIFF et déjà, à 38 ans seulement, un parcours d’actrice bien achalandé.

Audrey Tautou, comment avez-vous accueilli le coup de cœur décerné par le festival?

De façon très spontanée, pas très réfléchie, ni calculée. À plusieurs reprises, je n’avais pas pu venir. Et j’en avais pourtant envie, car en Belgique, ce n’est jamais compliqué, lourd, on y fait toujours de chouettes rencontres. Et puis, Namur, c’est la ville de Benoît (NDLR: Poelvoorde). Je me suis dit que c’était l’occasion de se voir.

Et ça s’est fait?

Oui, il est venu me voir hier, avant la rencontre avec le public. C’était sympa.

Le coup de cœur s’accompagne d’une petite rétrospective de votre œuvre, cinq films que vous avez choisis. Ce n’est pas plutôt pour les vieux, ça?

Coup de cœur, ça va, on peut en avoir un pour un premier film. Et donc pour une actrice de mon âge. Mais quand on m’a dit qu’on allait me remettre un prix d’honneur (NDLR: un Bayard d’honneur, remis hier soir), c’est vrai que ça m’a fichu la trouille: j’ai eu l’impression d’avoir 80 ans!

Qui dit cœur dit amour. Celui que le public vous porte est immense. Il ne vous a jamais paru démesuré?

Ce n’est pas une chose à laquelle je pense tellement. Je ne sais même pas si je le ressens, peut-être parce que j’ai mis un filtre. C’est très abstrait, finalement. Quand on me croise dans la rue, qu’on me fait un compliment, ça me touche beaucoup. Mais j’ai aussi du mal à y croire. Peut-être en raison de ce qui s’est passé avec Amélie (NDLR: Poulain, bien sûr). J’ai soudain reçu une telle vague d’attentions que ça m’a, sinon vaccinée, en tout cas étourdie.

Cette soudaine notoriété ne vous a jamais semblé encombrante?

Au tout début, oui, car c’était soudain, énorme, différent et… pas espéré de ma part. Après, ça dure le temps que ça dure, puis on retombe sur ses pieds et on retrouve son équilibre. Mais ce n’est pas vous qui changez, ce sont les autres. Du jour au lendemain, vous devenez, à leurs yeux, un objet d’attention. Je me demandais toujours: pourquoi moi? Qu’est-ce qu’on me trouve? Et c’est toujours le cas.

Peut-être cette délicatesse qui vous caractérise. Vous dégagez une forme de simplicité qui touche le public…

Je ne sais pas. Disons que je refuse de sortir de la vie. De vivre dans une tour d’ivoire. Je pourrais, mais je n’ai pas envie de me réfugier dans le monde d’à côté, celui des vedettes qui ont beaucoup d’argent. De ceux qui, finalement, ne vivent pas avec les autres. Je connais cette vie parallèle, ses codes, mais je n’ai pas envie de ça, je veux sortir. Il est indispensable à mon métier d’actrice d’avoir les pieds bien ancrés dans la réalité. Même si je suis très timide, aussi…

Que fait Audrey Tautou, alors, entre deux tournages? Elle vient boire des coups à Lustin avec Benoît Poelvoorde?

Non, pas encore. Je vis comme n’importe qui. J’ai une maison à restaurer, j’écris, je lis, je fais des photos, des voyages, je rencontre des gens.

Des Belges?

Je viens souvent à Bruxelles, pour de petits week-ends. J’y fais les boutiques et les musées.

Si on avait su…

Ah ben non, justement… (elle rit et se lève)