Premier synode sous tension

Le pape François affronte le premier test délicat de son pontificat. AFP

Famille, mariage et divorcés: le pape entame dimanche un synode qui suscite déjà de fortes tensions.

Le pape François affronte le premier test délicat de son pontificat en convoquant dimanche un synode (assemblée d’évêques) sur la famille et le mariage, qui suscite déjà de fortes tensions, en particulier sur la question des divorcés remariés.

Des centaines d’évêques et des dizaines de laïcs – dont une minorité de femmes – vont être entendus. Les attentes sont très fortes. D’abord pour défendre la famille traditionnelle sur laquelle tous les cardinaux sont d’accord. Mais aussi pour que les nombreux catholiques «hors règles » soient accueillis.

Or, la donne a été bouleversée depuis un siècle: explosion des divorces, familles recomposées, mères célibataires, cohabitation hors mariage, couples homosexuels, interconfessionnels ou interreligieux...

Le pape argentin avait souhaité un débat serein. Mais des joutes surchauffées, essentiellement entre conservateurs et pragmatiques plus libéraux, empoisonnent déjà publiquement l’atmosphère. «D’un côté il y a ceux qui craignent que les ouvertures fassent s’écrouler l’édifice de la doctrine catholique, et de l’autre ceux qui attendent des grandes nouveautés et qui pourraient être déçus », explique à l’AFP-TV Iacopo Scaramuzzi, vaticaniste de TMNews.

La publication d’un livre par cinq cardinaux conservateurs demandant en substance que rien ne change sur les divorcés remariés a donné le ton. Le pape, dit-on, était furieux.

«Vents contraires »

François a parlé des «bombes très dangereuses » que sont les bavardages au Vatican, affirmant qu’il doit «ramer » contre «les vents contraires ». Un conflit, a-t-il martelé, ne peut être dépassé «par la fourberie », mais par le «discernement » et «l’obéissance ». «La division d’une communauté chrétienne est l’œuvre du diable », a-t-il insisté mardi dans un tweet.

Le 14 septembre, François avait célébré vingt mariages de couples dont plusieurs vivaient auparavant en union libre: un message clair de sa volonté d’ «accueil cordial » quel que soit le chemin individuel parcouru.

Le pape évoque aussi les mères célibataires et abandonnées, et la difficulté des enfants de ces femmes et de familles recomposées à se sentir accueillis dans l’Église. Ces thèmes devraient être prioritaires.

Le brûlot des divorcés remariés

Mais le brûlot central reste la place des nombreux divorcés remariés dans l’Église. Pourraient-ils être autorisés à communier? Comment le leur permettre alors qu’en se remariant civilement, ils ont rompu un sacrement divin? La tension a commencé à monter pendant l’hiver avec un questionnaire envoyé par Rome à tous les diocèses. Le pape avait voulu qu’aucune des «nouvelles réalités » (cohabitation hors mariage, couples gays avec enfants, etc.) ne soit taboue, ce qui était très nouveau, mais sans signifier qu’il les approuvait. Les réponses ont révélé l’écart béant entre les recommandations de l’Église et les pratiques des fidèles.

La tension s’est accrue au consistoire de février, quand le pape a confié au cardinal théologien allemand Walter Kasper, connu pour son ouverture sur les divorcés remariés, la présentation des enjeux du synode. Selon le vaticaniste français Nicolas Diat, «le camp Jean Paul II se sait majoritaire » et ne va pas faire de concessions.

Ce synode dit «extraordinaire », du 5 au 19 octobre, sera suivi dans un an d’un autre synode «ordinaire », dont le pape pourra éventuellement tirer réformes ou infléchissements, mais pas avant 2 016.