Gregory Porter : la nouvelle voix du jazz soul

Gregory Porter : la nouvelle voix du jazz soul

«Mettre quelque chose de nos ancêtres dans la musique,… Beaucoup ne le font pas, ils oublient leurs racines.» GILLES LEFRANCQ

Il sera la vedette de la soirée de gala du Skoda Jazz Festival à Bruxelles le 24 novembre, et il ne faudra pas traîner pour réserver ses places!

Son dernier album est un choc, tant par la voix unique du chanteur que par la qualité de ses compositions. À Juan-les-Pins, il a partagé la scène avec Stevie Wonder, ni plus ni moins!

Rencontre avant le concert et conversation sur Liquid Spirit, l’album paru chez Blue Note.

Le morceau «Free» a été influencé par vos parents et l’éducation que vous avez reçue.

Oui, ce morceau a un rapport avec la liberté et le fait pour un Noir de pouvoir se promener avec fierté. Liberté d’où que vous proveniez, par exemple, de se promener sur une plage sans se demander si on y est bien à sa place. Mes parents m’ont inculqué cela.

Vos parents vous ont incité à faire de la musique?

Ma mère oui, pas mon père. Avant de mourir, elle m’a encouragé à poursuivre le chant, elle me disait que ça pouvait prendre du temps et en effet ce fut le cas.

«Musical Genocide» qu’est-ce qui vous a inspiré ce titre?

Les paroles viennent d’une conversation sur le blues, le gospel, la soul, nous devons connecter tout cela pour faire une nouvelle musique; il faut mettre quelque chose de nos ancêtres dans la musique, et beaucoup ne le font pas, ils oublient leurs racines, c’est ce que j’appelle le génocide musical ou culturel, dans le sens où nous devons nous fonder sur ce que nous sommes et les valeurs positives que nous avons apprises: «The soul man with your heart in the palm of his hand singing his stories of love and pain» (il chante), c’est Stevie Wonder que je décris là, Marvin Gaye, Donny Hathaway, cette musique qui vous fait voir plus large.

Water Under Bridges et Wolfcry sont des duos: vous aimez cette formule?

J’adore jouer en duo avec piano.. J’ai l’intention de continuer cette formule, d’abord mettre l’accent sur les paroles. Je ne dis pas que la musique encombre, mais j’aime la clarté de pensée, et c’est le cas avec le piano seul ou la guitare; mes albums préférés sont des albums en duo. Parfois c’est une solitude qui peut être suggérée en utilisant un seul instrument.

When Love Was King est un texte particulièrement fort.

C’est en fait une chanson politique si vous y pensez. Immigration, enfants affamés, les gens qui sont dans des bateaux sur les côtes, ils ont besoin de boire et de manger, c’est tout ce que je veux dire, je ne donne pas de solutions. «Beside him stood his mighty queen an equal force, wise and keen.», c’est à propos de l’égalité des genres homme-femme. Il y avait un royaume il y a longtemps, où l’amour était la règle, ça suggère que probablement l’amour n’est plus la règle en ce moment. C’est juste un message que je veux envoyer à mes enfants dans leur vie.

I Fall In Love Too Easily est le seul standard de l’album: pourquoi celui-là?

C’est le fond de ma personnalité, je tombe facilement amoureux, de gens ou de lieux. J’aime prendre des standards qui ont un rapport intime avec ma personne. «The Lady Is A Tramp» aussi, même si je n’ai pas connu de femme qui soit une «coureuse» (rires). C’est un morceau que chantait Chet Baker, j’aime beaucoup sa voix, pure et honnête, comme celle d’un enfant, j’aime écouter les voix d’enfants.

Movin', c’est le mouvement, le voyage.

Le voyage est important car j’écris en voyageant, le nouvel album je l’ai écrit sur la route en France. Quand j’ai réalisé que j’écrivais bien en voiture, juste après que ma mère meure, ça m’a sorti de la déprime. J’ai toujours un morceau de papier, même quand je conduis, je n’ai jamais écrasé personne. Ce serait plus sûr de travailler avec un enregistreur, mais écrire est important dans mon processus.

Time is Ticking, le temps passe: que souhaitez-vous dans le futur?

Pour moi, c’est la paix que je souhaite le plus, pas spécialement la longévité d’une carrière, ça m’importe peu, mais l’important est d’avoir quelque chose à dire.

J’aimerais chaque fois que je fais un nouveau disque pouvoir dire «Ok, je suis d’accord avec ça, je suis cool sur ce sujet», comme sur «When love was king», j’adore ça, ou «There Is No Love Dying Here», j’adore chanter ces mots.

En concert à Bozar, Bruxelles le 24 novembre dans le cadre du Skoda Jazz.


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