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Médecin catholique, elle explique pourquoi elle euthanasie

Médecin catholique, elle explique pourquoi elle euthanasie

Pour ou contre l'euthanasie? Le débat n'est pas binaire. Reporters (illustration)

Comment un médecin catholique peut-il pratiquer l’euthanasie? Le Dr Van Oost explique son cheminement dans un livre témoignage.

Elle est un peu chétive sous ses bouclettes de quinqua, mais son sourire inspire immédiatement confiance, l’empathie se lit dans ses yeux. Corinne Van Oost vit pour ses patients, c’est évident, même si les gestes qu’elle pose sont qualifiés par certains de barbares et incompréhensibles.

Le Docteur Van Oost est médecin attaché au service de soins palliatifs de la clinique Saint-Pierre d’Ottignies et médecin référent chez Domus, association de soins palliatifs à domicile, très active dans le Brabant wallon. Elle accompagne donc les malades en fin de vie et, comme ultime «geste d’humanité», permet à quelques-uns d’entre eux de terminer leur vie par euthanasie. Elle témoigne dans un livre de son cheminement vers ce qui est aujourd’hui une conviction profonde: accorder l’euthanasie comme un dernier recours, quand les soins palliatifs ne peuvent plus soulager la souffrance physique ou psychologique.

Reconnaître son impuissanceà soulager

Catholique pratiquante, il était exclu pour Corinne Van Oost d’imaginer pouvoir donner la mort. Jusqu’à ce qu’elle croise le chemin d’Albertine, une patiente qu’elle accompagne longuement dans sa maladie neurodégénérative au milieu des années 90. «Je pensais avoir toujours une solution pour l’aider à traverser sa souffrance, se souvient-elle près de 20 ans plus tard. Et puis, j’ai dû reconnaître mon impuissance. Mais je ne pouvais pas me laver les mains comme Ponce Pilate et lui dire “ Débrouillez-vous ”.» Alors le médecin s’est posé cette question: «Qui suis-je pour lui refuser la mort?» Et elle la lui a offerte, comme Albertine le lui demandait.

Pourtant en 2002, le médecin, avec beaucoup d’autres, signe la pétition contre la légalisation de l’euthanasie. «Pour nous, il valait mieux développer les soins palliatifs plutôt que de faire une loi pour quelques rares cas.» Le législateur les a entendus et ce n’est pas une, mais trois lois qui ont été promulguées simultanément à l’époque, en rapport avec la fin de vie. La loi sur les droits du patient, la loi qui donne droit aux soins palliatifs et la loi légalisant l’euthanasie.

«Tu ne tueras point»

Corinne Van Oost est médecin et catholique. En pratiquant l’euthanasie, elle s’inscrit donc en théorie contre deux grands principes: le serment d’Hippocrate et l’interdit fondateur de toute civilisation (l’un des dix commandements de l’Église): «Tu ne tueras point».

«Le serment d’Hippocrate dit clairement que nous devons guérir parfois, mais soulager toujours, réplique le médecin. Il nous engage donc à ne pas abandonner notre patient qui est en souffrance. Ce que je fais avec l’euthanasie. Quant à l’autre interdit, c’est un principe éthique disant qu’on ne supprime pas l’autre parce qu’il est différent de soi. Cela n’a donc rien à voir avec le fait de soulager quelqu’un qui demande à être tué.»

L’incompréhension de la France

Depuis la parution de son livre en France il y a deux semaines, le Dr Van Oost est assaillie par les médias de l’Hexagone, où l’euthanasie fait actuellement débat. «Les Français ont peur des dérives et que l’État se décharge de sa responsabilité d’accompagnement en fin de vie au profit de l’euthanasie,» constate-t-elle. Mais en légiférant comme en Belgique, on retrouve une médecine de confiance et d’accompagnement, car l’euthanasie n’est qu’un dernier recours quand les soins palliatifs sont impuissants. Une notion fondamentale pour nourrir le débat.