BRUXELLES

Constantin Meunier au-delà du travailleur

Une hiercheuse, «La coulée à Seraing», «Le puddleur», le travail selon Constantin Meunier.

Constantin Meunier a fait entrer le travailleur dans l’art! Une vision trop dogmatique qu’une grande rétrospective bruxelloise corrige.

A-t-on une vision trop simpliste de Constantin Meunier, ce grand peintre et sculpteur belge de la seconde moitié du XIXe siècle? Pour tous, il est d’abord celui qui a fait entrer le travailleur dans l’art. On a tous en tête ces grandes sculptures représentant mineurs, mère pleurant un fils tué d’un coup de grisou ou encore ces tableaux réalisés dans les ateliers de Cockerill, du Val Saint-Lambert et dans les corons du Borinage.

Et il est vrai que ces œuvres réalisées généralement après 1880 alors qu’il est au sommet de son talent sont celles qui l’ont conduit à la postérité. Parfois même de façon bien contradictoire… Les uns y voyant la glorification du travail; les autres les affres de l’industrialisation quand ce n’est pas l’aliénation du monde ouvrier. «On n’a retenu de Meunier que le chantre de l’ouvrier héroïque», explique Michel Draguet (photo), directeur des Musées royaux d’art et d’histoire qui proposent dès ce 20 septembre une grande rétrospective Constantin Meunier. «Mais Meunier n’appartenait pas plus au mouvement ouvrier que Bruegel l’Ancien au monde paysan. Meunier va esquisser le portrait d’un monde ouvrier qu’il va transcender en mêlant mystique chrétienne, lecture politique et intérêt historique.»

La rétrospective – la première depuis 1909! – va tenter de resituer Constantin Meunier, d’une façon moins dogmatique et plus historique.

Influence du religieux

En se basant sur le travail du peintre puis sculpteur durant les trente premières années, l’exposition montre combien Constantin Meunier s’est aussi inscrit dans le modernisme qui s’est développé en Belgique à cette époque. En suivant sa carrière, le visiteur peut découvrir pas à pas les principales évolutions des arts plastiques en Belgique dans cette seconde moitié du XIXe siècle. Meunier sera un des grands acteurs de l’identité artistique belge et de l’inscription de cette école nationale dans la modernité.

Mais on découvre aussi l’influence du religieux sur sa peinture. Avant les années 80, il va tour à tour être inspiré par la religion, le travail de la terre dans le sillage d’un Jean-François Millet mais avec déjà un regard socialement engagé. Il va même, mais avec moins de talent qu’un Alfred Stevens, peindre des scènes de la bourgeoisie…

Après un long voyage à Séville en 1882 et 1883 il va acquérir une grande liberté plastique. Une liberté qui va éclater dès le milieu des années 80 lorsqu’il s’affirme comme le grand peintre et sculpteur du réalisme social belge.

C’est cette évolution artistique dans sa continuité mais aussi ses ruptures que montre cette rétrospective. Une relecture et presqu’une réhabilitation du travail d’un grand artiste belge qu’on ne manquera pas.

Seul regret, le manque d’originalité et d’interactivité de la scénographie rend l’exposition peu didactique. C’est dommage quand on dispose d’un tel sujet!

+ Dossier complet dans L'Avenir ce 19 septembre, à lire aussi dans notre espace numérique

 


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