RAP

Après «15 piges avec des acouphènes», Veence Hanao débranche le micro

Après «15 piges avec des acouphènes», Veence Hanao débranche le micro

Veence Hanao rappait haut. On exècre la nouvelle de son pas en arrière. Et on espère son retour. (Photo ÉdA – Mathieu GOLINVAUX)

Les acouphènes, le mal des musiciens, achèvent leur dernière victime. Veence Hanao, le rappeur bruxellois, raccroche le micro. C’est même pas une blague. Il n’en peut plus. Et ne veut plus risquer sa santé. Très mauvaise nouvelle.

«Game Over».

C’est la mauvaise nouvelle du jour. Par ces mots, qui ont scandé ses parties de jeux vidéo, Veence Hanao prévient ses fans qu’il arrête la musique. Merde, c’est moche. Il nous laisse avec une «plaie béante», comme il le rappe sur son dernier album paru, l’excellent «Loweina Laurae». Car qui composera désormais la bande-son de cette Bruxelles noire, dure, celle des trentenaires désenchantés qu’il dessine dans ses nuits blanches?

«Les gens, c’est chargé d’émotion que je vous annonce qu’il me faut arrêter la musique pour une durée indéterminée, ceci en raison de gros problèmes d’oreille interne». Voilà comment Veence Hanao balance, sur sa page Facebook, la sentence. Comme pièce à conviction: des graphiques audiométriques. Le couperet tombe pour les tenants d’un rap différent, malin et littéraire. Et puis, pour lui aussi. Pour son métier, qui flingue ses outils de travail. Le mec est au chômage technique. C'est douloureux. Il en avait eu la prémonition en 2009, déjà, quand il chantait sur «Saint-Idesbald»: «Chaque jour j'deviens plus sourd, depuis l'époque du Micro d'Argent» (en référence au mythique album d'IAM, en 1997). Pour s’expliquer, Veence sort une dernière fois sa prose acérée.
 

 

«Ce connard de DJ au volume assassin»

«Quinze piges que j’me bats contre des crises récurrentes de surdité, des acouphènes de plus en plus invalidants, et les angoisses qui en découlent. Quinze piges à passer d’un ORL à l’autre, à les écouter poser des diagnostics différents, à les écouter proposer des traitements différents, à en subir les effets secondaires différents. Cortisone, Piracetam, Diamox, Betahistine, Xanax, la chimie te chie dedans, et au mieux tu récidives trois mois plus tard, au prochain concert que tu donnes, au prochain con qui klaxonne, au prochain connard de DJ qui compensera la médiocrité de sa sélection par un volume d’assassin. Pervenche, immortelle, bougies, argile, les médecines naturelles alternatives sont très très gentilles mais ne résolvent rien».

Le rappeur est épuisé. «Le phénomène pète un plomb» (les mots sont de lui). Il raconte son calvaire. La glissade loin des copains. Les lumières criardes des salles d’attente aux néons sifflants, remuant chez lui le couteau dans ses tympans amochés.

«Ta meuf jouit, ça te fait mal»

«Au cours des deux derniers mois, j’ai vu plus de tabliers blancs que de potes. Tous ont un joli carnet de prescription, touchent de beaux honoraires, ont un magnifique cabinet sur la porte duquel sont indiquées les mentions “Docteur”, “ORL”, “Spécialiste en… ”, “Cellule Acouphènes” ou autre. La vérité, c’est qu’aucun ne sait. Aucun ne soigne. Et toi, tu sors de là, ta meuf te parle et tu ne l’entends presque plus. Elle hausse le ton pour que tu l’entendes, ça te fait mal. Tu ris, ça te fait mal. Elle jouit, ça te fait mal. Une voiture qui passe en rue, c’est un larsen dans la tête; une sirène, un klaxon, une porte qui claque, c’est un coup de couteau dans l’oreille. Tu rêves de silence, mais il n’existe plus. Quant à la musique, n’en parlons pas. Une chose est sûre: elle m’a apporté trop de belles choses pour qu’elle devienne souffrance».

Veence n’est pas un «Mickey Mouse» (ses mots, encore). Il ne veut plus garder la tête dans le sable. Et sait que le plus difficile est aussi le plus sûr. Il doit s’arrêter. Meilleur Album belge de l’Année aux Octaves de la Musique 2009 et Découverte du Printemps de Bourges pour «Saint-Idesbald», puis plusieurs fois renommé aux Octaves en 2014 et Coup de Cœur du Prix Charles Cros 2014 en France (quel pedigree!), le rappeur ne rappera plus de sitôt. Mais n’oublie pas ses fans.

«La scène me donnait de la force»

«Depuis toutes ces années, l’envie de produire, écrire, monter sur scène me donnait de la force. Vos retours me donnaient de la force. Votre présence aux concerts, votre soutien, vos messages me donnaient de la force. Les gens que j’ai eu l’honneur de rencontrer, ceux avec qui j’ai eu la chance de travailler, me donnaient de la force. Merci à tous. Je vous tiens au jus…»

Dans ses nuits sans musique, Veence Hanao va retourner aux docus animaliers. Volume à zéro. Nous, on craint son silence…
 

Pour écouter ses albums


+ Loweina Laurae
+ Saint-Idesbald