Météo: la mousson plombe la moisson

Météo: la mousson plombe la moisson

Des terres gorgées d’eau et des récoltes en rade. La moisson s’éternise et a pris près de trois semaines de retard. eda E. H.

Deux à trois semaines de retard pour une moisson qui s’éternise à cause des pluies. Certains agriculteurs n’en voient pas la fin…

Un temps pourri et des agriculteurs dans la gadoue! La pluie qui n’a cessé de tomber en août a allongé la période de moisson. Débutée fin juillet, la récolte des froments aurait dû être pliée en deux semaines. Mais ici, faute de soleil, la moisson s’éternise et prend deux à trois semaines de retard.

Jean-François Henrard, agriculteur à Ohey, dans le Condroz namurois, n’en voit pas la fin. Sur la petite centaine d’hectares qu’il avait à battre, il lui en reste 50. L’agriculteur a aussi manqué de chance «car je suis tombé en panne un week-end et j’ai pris 20 hectares de retard.»

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Dimanche, on n'a pas roulé car on était à 23% d'humidité, ça allait coûter trop cher en séchage.

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Les terrains regorgent d’eau, les pailles sont au sol et les épis dans un sale état. «Dans les froments qui sont restés droit, on perdra quelques pour cent. Mais dans les versés (NDLR: ceux qui sont couchés au sol suite aux intempéries), c’est une véritable cata! On a une grosse perte sur les poids spécifiques (NDLR: la masse volumique). On peut espérer que ça ira mieux dans les jours à venir.»

Les surfaces à récolter sont encore importantes dans le sud du sillon Sambre et Meuse. Les agriculteurs se mettent la pression et doivent travailler dans des conditions difficiles. Quelques heures de soleil et on sort les machines alors que les grains ont à peine eu le temps de sécher. «Il y a le problème du taux d’humidité. Le week-end dernier, on a moissonné entre 17 et 22% de taux d’humidité. Dimanche, on n’a pas roulé car on était à 23% d’humidité, ça allait coûter trop cher en séchage.» Car le grain doit idéalement être livré sec. Si ce n’est pas le cas, les agriculteurs doivent payer des frais de séchage.

Et malheureusement, les prix ne suivent pas cette année. «On est à 125€ la tonne pour 180€ l’année dernière.» Alors qu’on partait sur une belle saison de production, la récolte est gâchée. «On a eu un hiver doux et un printemps correct avec une humidité régulière.» Mais il a tellement plu dans certaines de ses campagnes que l’agriculteur peine à y accéder avec son matériel. «Les sols sont humides, ça ne sèche pas, des sources sont réapparues. Il y a même une terre où j’ai un demi-hectare que je ne moissonnerai pas car il est trop marécageux.»

Si le soleil pouvait se montrer généreux 3 jours de suite, la pénible moisson 2014 pourrait être entérinée…

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Betteraves : encore mieux avec du soleil

La betterave étant assez gourmande en eau, cette météo lui convient à merveille. Ou presque, note Henri L’Hoest, cultivateur à Verlaine. «Le tonnage est là car la plante est gorgée d’eau. On est dans la moyenne des 5 dernières années pour le rendement de sucre mais avec un peu de soleil on pourrait commencer la saison au-delà des 16 % de sucre.» La récolte débutera la seconde quinzaine de septembre.

Maïs : une année exceptionnelle

Ils sont grands, ils sont beaux et il y a énormément de masse végétative. Cette année, les maïs seront exceptionnels.

L’impact des pluies n’aura pas de conséquences négatives sur les maïs. D’autant plus qu’ils ont encore un peu de temps pour profiter du soleil de septembre. Et il sera bien nécessaire car il permettra de bien remplir les grains, de leur apporter toute son énergie. De ce côté, les agriculteurs attendent encore un peu de luminosité.

Pommes de terre : «Quatre jours de congés»

Tout se passe bien pour la récolte de la pomme de terre, estime ce cultivateur de la Hesbaye namuroise. Les dernières précipitations viennent juste de contraindre les producteurs à stopper la récolte. «On était à jour dans l’arrachage. Là, on a maintenant quatre jours de congés.»

Lin : «Entre les gouttes»

«C’était une saison fatigante,» affirme Gilles Marchandisse à la tête d’une usine de transformation du lin à Villers-le-Bouillet. «On a roulé entre les gouttes. On allait sur une terre puis il pleuvait et on devait se déplacer plus loin.» La pluie a causé de nombreux soucis d’ordre logistique puisque les équipes chargées de récolter le lin étaient sans cesse déplacées. De manière générale, la qualité du lin fut assez bonne. «Mais en certains endroits, on a perdu en rendement en filasse car le rouissage était un peu trop avancé.»