ARBORICULTURE

Un risque de laisser pourrir des poires

Un risque de laisser pourrir des poires

Belga

Bientôt la cueillette des poires. Des centaines de palettes vont être bloquées par l’embargo russe. On parle de laisser pourrir des fruits sur pied pour assainir le marché.

Les producteurs sont en colère. L’excellente récolte de l’été 2014 va en grande partie rester sur le carreau. L’embargo russe, c’est 100 millions d’euros de manque à gagner par une décision politique qui les dépasse. Alors qu’ils ont abondamment investi en temps, argent et matériel.

« Pour l’instant, la pluie a freiné la cueillette et ralenti le mûrissement. Mais d’ici 15 jours, les fruits devront être récoltés. À moins que l’Europe n’indemnise à un prix qui doit être défini. Les producteurs qui le souhaitent auraient alors la possibilité et le libre choix de laisser environ 30% de leur production de poires sur pied», explique Christian Gustin.

Ce dernier travaille à la criée de Saint-Trond; depuis de nombreuses années, il se charge de trouver des acheteurs pour la coopérative de producteurs qui l’emploie. La poire Conférence est notamment appréciée en Asie pour son goût, sa longue conservation sur les étals et la continuité de son approvisionnement. « Chaque année, on gagne des parts de marché en Chine. On en est aujourd’hui à 5 000 tonnes. Nous sommes un des pays qui exporte le plus de poires avec un total de 250 000 tonnes. Mais il existe encore trop de barrières douanières. Le Canada et les États-Unis représentent un marché potentiel important, mais on ne peut vendre là-bas. Ils se protègent en invoquant des raisons sanitaires.»

Du terroir à l’export

Trouver de nouveaux débouchés ne se fait pas en deux coups de cuillère… à sirop de poires. Et il faut dix ans pour (re)conquérir un marché délaissé. « Diversifier les exportations belges et les étendre à un nombre plus élevé de marchés est un réel défi, car le boycott frappe toute l’Europe; la concurrence sera rude», avance Jean-Louis Coppers, conseiller en matière d’exportation.

Pour lui, il faut davantage que des analyses de marchés: « Les exportateurs doivent être en mesure d’utiliser un instrument valable qui leur permette d’identifier rapidement les importateurs, et ce, avant tout pour s’assurer de la capacité de paiement du prospect. Des pays comme le Canada, mais aussi les Émirats arabes unis, le Bahreïn ou le Qatar, constituent un véritable potentiel d’exportation pour la Belgique en fruits et légumes.»

Les fruits et légumes relèvent d’une organisation commune des marchés (OCM), elle prévoit un certain nombre de règles et de soutiens. L’une de ces fonctions est de financer des opérations de retrait en cas de surproduction de certains produits. Parmi les destinations prévues par l’UE aux productions excédentaires de fruits et légumes, outre la destruction figure la distribution gratuite aux organisations caritatives, hôpitaux, prisons «à condition que les quantités distribuées s’ajoutent à celles qui sont normalement achetées par ces établissements».

On n’en est pas encore là avec nos poires qui ont la faculté de bien se conserver. Au contraire des pêches et autres nectarines des producteurs français, eux aussi en plein désarroi dès juillet. Pour d’autres raisons (concurrence déloyale), mais avec le même effet désastreux pour la survie des producteurs de fruits du terroir.