La montagne, avec ou sans guide ?

Chaque jour d’été, 300 personnes tentent d’atteindre le sommet du mont Blanc, avec et sans guide.

«Jamais je n’aurais cru pouvoir faire ça .» C’est la phrase que Pascal Chapelland, guide de montagne, aime entendre de son client après une course.

Voilà 40 ans qu’il est guide de montagne. Et deux ans qu’il préside la Compagnie des Guides Saint-Gervais Mont-Blanc, Pascal Chapelland. Lorsqu’il voit le bilan qui ne cesse de s’alourdir chaque année sur le mont Blanc, Pascal Chapelland positive. « Entre 25 et 30 morts, je pense que c’est bien peu par rapport aux imprudences. Décidément, il y a un Bon Dieu pour les alpinistes.» Trente morts par rapport aux milliers de personnes qui tentent chaque année l’ascension du toit de l’Europe (4 810 mètres), c’est peu. Car ça défile là-haut. Sur une centaine de jours où les conditions météo sont favorables, on peut compter jusqu’à 300 grimpeurs par jour.

Un espace de liberté

L’Américain qui a tenté de battre le record du monde du plus jeune alpiniste atteignant le sommet, en emmenant son propre fils de 9 ans et son grand frère de 11 ans a scandalisé toute la profession.

« En alpinisme aussi, on constate cette tendance de vouloir tout et tout de suite. Avant, le mont Blanc était l’objectif d’une vie. Aujourd’hui, les gens veulent commencer l’alpinisme par le mont Blanc.»

Un Kilian Jornet qui met 4h57 pour l’aller-retour Chamonix-mont Blanc en baskets fait rêver…

«C’est vrai que des records de ce type ont tendance à démystifier cette ascension. Mais Kilian Jornet est un montagnard hors-norme. Un champion.»

Espace de liberté, chacun peut, quand il veut, par où il veut atteindre le sommet.

Mais s’y lancer sans guide serait comme ne prendre que le dessert d’un menu gastronomique dans un quatre étoiles. Et dangereux aussi. Car l’endurance ne suffit pas.

« Mais nous ne montons pas sur le plus haut sommet d’Europe avec n’importe qui, assure Pascal Chapelland. Car il y a toujours une notion de risques partagés entre clients et guide. En 150 ans, une trentaine des nôtres ne sont jamais redescendus. Il nous arrive souvent de conseiller d’autres sommets plus abordables ou des stages de préparation pour les candidats qui ne disposent pas de capacités d’endurance ou de techniques glaciaires suffisantes.»

Mais une fois la confiance accordée, c’est pour toujours. « Car chaque course est unique. En montagne, les masques tombent, les gens se révèlent, avec leurs bons et leurs mauvais côtés. L’aventure humaine compte tout autant que le sommet. En montagne, chacun a son Everest.»