Pour humer l’atmosphère de Budapest, rien de tel que de flâner sur les berges piétonnes du Danube. Sur la rive gauche, il y a d’abord le Parlement.

Avec ses multiples flèches et tourelles néogothiques, on dirait une réplique pâtissière du Palais de Westminster. Plus loin, suivant le fil de l’eau, soixante paires de chaussures et de souliers en métal, de toutes tailles, sont disposées pêle-mêle sur le bord du quai. Ici même, des milliers de Juifs hongrois furent fusillés et jetés dans le fleuve par le parti fasciste hongrois des Croix-Fléchées. Réalisé en 2005 par le sculpteur Gyula Pauer, c’est l’un des monuments les plus émouvants de Budapest.

La balade se prolonge, le nez au vent, jusqu’au Pont des chaînes. La traversée de la rive gauche à la rive droite du Danube s’effectue sous les yeux aveugles de quatre lions de pierre. Un funiculaire emmène ensuite les touristes sur les hauteurs du Palais royal. Pour relier la place Clark Ádám au château, il faudra débourser l’équivalent de 4 euros. Les courageux préféreront emprunter le sentier qui grimpe sur le flanc de la verte colline. Ils sont encouragés dans leur escalade par les mélodies tziganes s’échappant du violon d’un vieux mendiant. Plus que quelques marches et le regard peut enfin embrasser toute l’étendue du Danube et de la plaine de Pest. C’est la ville populaire et vivante que l’on toise du haut de la colline Gellért. Dans notre dos, la Galerie nationale hongroise abrite 2 000 ans d’histoire, passant par les peintures du gothique tardif jusqu’aux œuvres cubistes.

Puis, en remontant le cours du fleuve, on aperçoit la flèche de l’église Mathias, où furent couronnés François-Joseph 1er et l’impératrice Sissi. Les façades Renaissances et baroques se succèdent jusqu’à l’ensemble des tourelles néokitsch du Bastion des Pécheurs. Ses terrasses offrent un autre panorama sur la ville. En contrebas, les escaliers se précipitent vers les eaux bleues du Danube. De l’autre côté, le Parlement refait surface. Pour retourner à notre point de départ, un dernier détour par le Pont Marguerite s’impose. Il permet d’accéder à l’île du même nom. Plantée de milliers de platanes, de marronniers et de tilleuls, elle flotte, telle une oasis de verdure, entre l’animation populaire de la rive gauche et le calme baroque de la rive droite.