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Guerre 14-18 : Liège, lieu historique pour des commémorations

Guerre 14-18 : Liège, lieu historique pour des commémorations

Les combats les plus importants en terre liégeoise déroulent notamment à Herstal.

La date du 4 août 1914 marque le début de la Première Guerre mondiale sur le sol belge, raison historique pour laquelle Liège a été choisie par les autorités fédérales pour accueillir lundi l’une des cérémonies commémoratives nationales relatives au centenaire du conflit.

Ce jour-là, il y a cent ans, le pays refuse que sa neutralité soit violée par les troupes allemandes et voit les premiers combats commencer dans la province de Liège. La résistance de la Cité ardente et de ses douze forts aura notamment valu à la ville la Légion d’Honneur.

Les premiers combats du 4 août ont lieu à Thimister, où, peu avant 11h00, le cavalier Antoine Fonck, du 2e régiment de Lanciers, est abattu en tentant de fuir. L’homme marquera ce jour-là l’Histoire de son empreinte, en tant que premier mort parmi les quarante mille soldats belges tombés pour leur patrie au cours de la Grande Guerre. Toujours le même jour, du côté de Visé, les troupes belges font blocage et repoussent les Allemands, à hauteur du pont.

La ville de Liège, qui peut compter sur ses douze forts et la 3e division, commandés par le général Leman, aura montré une résistance aussi «exceptionnelle qu’inattendue», souligne en marge des commémorations le colonel Thierry Babette, coordinateur de l’événement pour la province de Liège. «Les troupes allemandes, convaincues qu’elles auront à faire face à une armée d’opérette», car petite et appartenant à un pays neutre, «tomberont en réalité sur un os». Au matin du 6 août, sur six brigades allemandes, cinq reviennent en effet sur leur position de départ.

Les combats les plus importants en terre liégeoise déroulent notamment à Herstal, le 6 août, où le 89e bataillon allemand tombe dans une embuscade et voit son chef de corps tué ainsi que 400 soldats prisonniers. C’est aussi à cet endroit que sera pris le premier drapeau allemand. A Rabosée, les soldats belges opposent une résistance de deux jours (les 5 et 6 août) à plus de 3 000 Allemands. La bataille du Sart-Tilman, sur les hauteurs, dans la nuit du 5 au 6 août, figure elle aussi parmi les principales dans la province. Après celle-ci, «deux brigades allemandes ont été forcées de reculer», souligne le colonel.

«Le début des exactions» le 6 août

Cependant, une brigade ennemie parvient à s’infiltrer, malgré une position fortifiée. Le 7 août 1914, des Allemands perçent une avancée vers les forts liégeois, entre Fléron et Evegnée et le centre de Liège tombe aux mains de 5.000 hommes, arrivés par le pont d’Amercoeur jusqu’à la Citadelle. La résistance se fait pourtant tenace. A tel point que l’État-Major allemand «fait venir en catastrophe de France son canon M 42, ‘la Grosse Bertha’«, raconte Thierry Babette. L’obus touche alors le 15 août le fort de Loncin, où s’est d’ailleurs retranché le général Leman. La poudrière de l’édifice explose «de manière invraisemblable» et atteint en plein coeur la résistance liégeoise, avec 350 soldats ensevelis sous les décombres.

Le 16 août 1914, les forts de Flémalle et d’Hollogne, derniers parmi les douze défenseurs de Liège imaginés par Brialmont en 1888, se rendent à quelques minutes d’intervalles, marquant la fin de la bataille sur le sol liégeois. La 3e division s’était elle, comme prévu, repliée vers Anvers dès le 7 août.

«La frustration de l’échec» le matin du 6 août aura, selon le colonel, marqué le début «des exactions sur la population civile» de la province, notamment dans les villages du plateau de Herve, où de nombreuses personnes ont été fusillées. La fusillade du 20 août, sur l’actuelle place à Liège baptisée du nom de cette date, de 17 civils désignés au hasard, est aussi restée tristement célèbre. Les lieux avaient été directement incendiés.

Le café liégeois, symbole de résistance

Cette résistance liégeoise, qui a offert aux alliés un précieux gain de temps, aura valu à la cité, dès le 7 août 1914, après seulement trois jours de combat, la Légion d’Honneur, décernée par le président français de l’époque, Raymond Poincaré. Ce dernier avait d’ailleurs déclaré que, «sans la résistance liégeoise, il aurait été impossible de faire venir les troupes de soldats du nord de l’Afrique». Cette défense, couplée à la résistance de Namur et Anvers, aura donc contribué à «sauver Paris». Liège devient ainsi la première ville étrangère à recevoir cette décoration, qui lui a été remise officiellement le 24 juillet 1919.

L’anniversaire du centenaire de la Première Guerre mondiale est aussi l’occasion de faire revivre plusieurs anecdotes, comme celle des bistrots parisiens rebaptisant la célèbre boisson surmontée de crème fouettée, le «café viennois», qui faisait trop allusion à l’ennemi, en «café liégeois». La station de métro de Paris «Berlin» est également devenue la station «Liège», tout comme la rue de Berlin.

Enfin, si elle marque le début de la guerre en territoire belge, la province de Liège symbolise tout autant l’abdication du Kaiser Guillaume II le 9 novembre 1918 à Spa, faisant de la province un lieu doublement symbolique pour accueillir des commémorations nationales.