Banque menteuse

EdA - Jacques Duchateau

L’argent est raison et passion. Le monde bancaire, avec ses chiffres ronds, est émotion. Le monde bancaire repose sur la confiance qu’on lui porte, ou non.

La condamnation hier de l’ex-Fortis en est une nouvelle preuve.

C’est l’histoire d’une mère célibataire, aux Pays-Bas. Elle avait placé ses économies dans des actions Fortis. Elle y avait tout mis, une très belle somme de 430 000€, mais qui devait lui permettre de voir venir. Avoir de l’argent qui dort sur un compte épargne, ce n’est pas bien. Investir dans l’économie, c’est primordial. Fortis Banque avait alors agi comme intermédiaire, en étant tout miel et soleil. La catastrophe arriva. La cliente a perdu la majeure partie de son investissement. La justice néerlandaise lui a donné hier raison. Elle a été trompée.

Des dizaines de milliers de Belges aussi ont souscrit à ces actions, en pensant être de bons pères ou de bonnes mères de familles. Des dizaines de milliers de Belges ont cru, comme cette dame, agir avec raison avant d’être dépassés et dilapidés.

La condamnation de l’ex-Fortis, aujourd’hui Ageas, a entraîné hier un vent de panique. L’action a dégringolé. Ce n’est peut-être que le début d’une aventure qui dresse le poil d’une multitude de petits actionnaires lésés. À travers cette maman, cette petite actionnaire en colère , tous ont été reconnus comme victimes. Ils ont à présent le droit de réclamer aussi leur dédommagement. Une procédure gratuite, en ligne, leur est carrément proposée. Les dédommagements pourraient à terme s’élever à plusieurs milliards d’euros.

Soudain l’action Ageas, qui remontait bravement la pente, est à nouveau menacée. Cette action était même pointée par les spécialistes, au début de l’année, comme l’une des favorites du marché. C’était sans compter sur l’insécurité juridique qui pesait toujours sur l’ex-Fortis. C’était sans compter sur cette condamnation pour «tromperie des investisseurs». Le jugement est sévère. En soi, il rend justice aux actionnaires lésés. Mais au-delà, il est une arme à double tranchant. Si l’action coule à nouveau sous la pression judiciaire, les actionnaires d’Ageas, qui sont parfois les mêmes que ceux qui ont été lésés, risquent d’y perdre à nouveau leurs billes. L’argent est passion et passion. L’équilibre bancaire, soumis aux émotions, est d’une fragilité déconcertante.