« La stratégie des faibles »

Les pays occidentaux ont pris la mesure de leurs erreurs en Syrie, en Irak ou en Libye…

La stratégie du Hamas «est intelligente», estime Alexandre Dell Valle, auteur du Totalitarisme islamiste et qui vient de publier Le complexe occidental (éd.

du Toucan). C’est la «stratégie des faibles, déjà utilisée par les Kosovars contre les Serbes: provoquer le plus fort, qui soit ne réagit pas, et c’est un succès; soit fait usage de sa force en occasionnant des dommages collatéraux, et perd alors la bataille de l’opinion».

On n’entend pas l’Autorité palestinienne, alors que, pourtant, il y a quelques semaines, on célébrait sa réconciliation avec le Hamas et la création d’un gouvernement d’union nationale…

C’était une réconciliation de façade, car leur philosophie est différente: ce qui anime l’Autorité palestinienne, c’est un nationalisme palestinien, laïque; alors que le Hamas, lui, prône un califat dont la Palestine n’est qu’une composante. Avec cette prétendue réconciliation, le Hamas visait à s’assurer la prépondérance auprès des Palestiniens de Cisjordanie.

L’Europe et les États-Unis n’interviennent guère dans ce conflit: parce que les Occidentaux ont le sentiment de s’être trompés, de la Libye à la Syrie?

Une erreur fondamentale a été commise en Syrie, au début, quand Européens et Américains ont refusé de discuter avec les Russes et avec l’Iran, afin de mettre la pression sur le régime de Bachar al-Assad, qui exerçait sa répression. On ne peut jouer la carte jusqu’au-boutiste que quand on en a les moyens: ils ne les avaient pas.

En Libye, il y a la réalité d’un gouvernement dépourvu de pouvoir alors que les islamistes tiennent la rue. Et ce qui se passe en Irak n’est pas de nature à inciter les pays occidentaux à intervenir: dans le «califat» qui y a été établi, les sunnites massacrent les chiites et les chrétiens; les Kurdes ont pris de fait leur indépendance, et le pays est disloqué. Cela incite à la prudence, car on est en face d’un véritable totalitarisme islamiste.