ÉTUDE

L’amour, toute une histoire

L’amour, toute une histoire

Comment l’amour au sein du couple a-t-il évolué durant le siècle dernier? Réponse dans «Les révolutions de l’amour». fotolia

«Les révolutions de l’amour» raconte comment le sentiment amoureux mais aussi la manière de penser l’amour ont évolué depuis un siècle.

Ils se prénomment Jacques, Louise, Marie-Thérèse, Micheline, Bab ou Maryse et racontent la manière dont ils vivaient l’amour et la sexualité à leur époque, ce qu’ils en attendaient, ce qu’ils redoutaient. C’est largement sur leurs témoignages que deux professeurs d’histoire-géo, Blandine Pénicaud et Vincent Vidal-Naquet, ont bâti leur étude, intitulée avec justesse Les révolutions de l’amour. Car, en un siècle, du début des années 1910 avec ses nombreux interdits et son «raidissement moral», aux années internet marquées par «l’exhibition d’une sexualité dite libérée, séparée de la fonction procréatrice, parfois virtuelle», c’est bien d’une révolution qu’il s’agit.

Incorporé le 1er août 1914, Jacques N., 25 ans, est l’un des très nombreux poilus français à remplir des carnets pendant ses quatre années de guerre. Il n’hésite pas à parler de sa vie sentimentale et sexuelle, y compris dans ses lettres. Ce fervent catholique dit son désir pour Matie qu’il a épousée l’année précédente, décrit leurs étreintes en craignant d’être trop «cru», tout en réfléchissant à sa relation de couple et à ses «devoirs d’époux.»

Dans les années 1920, Louise, fille d’un riche industriel marseillais, tient un journal de ses 15 à 23 ans où elle se montre avant tout soucieuse de trouver un mari. Tandis que ses deux sœurs, dont une jumelle, font un mariage arrangé, cette jeune fille qui se sait jolie préférerait «rencontrer quelqu’un toute seule» en lui offrant sa virginité. Finalement, les choses ne se passeront comme elle l’espérait.

C’est au cours de la décennie suivante que, pour les auteurs, l’amour vit une «véritable révolution». Émergent en effet des «nouveaux couples» où se posent les questions de la maîtrise de la fécondation, de l’égalité entre les sexes, de la fidélité ainsi que de la recherche d’une harmonie affective et sexuelle. Et du plaisir.

Révolution sexuelle et sida

Cette question du «droit au plaisir» éclate réellement après la Deuxième Guerre mondiale. Ces années, celles de Saint-Germain-des-Prés, des surprises-parties et du flirt venu d’Angleterre, sans oublier le phénomène BB, sont le prélude à la révolution sexuelle des années 60, d’abord dans les mœurs, plus tardivement dans les lois (émancipation de la femme, contraception, avortement). Avant que l’arrivée du sida au milieu des années 80 vienne faire des ravages humains et moraux, tout en favorisant «l’émergence et la banalisation de nouveaux modèles amoureux» et entraînant une «intensification des relations amoureuses.» Cette obligation de repenser le rapport de couple va être encore amplifiée par le développement d’Internet et «la surmédiatisation de la sexualité». Obligeant les hommes et femmes du début du XXIe siècle à «inventer de nouvelles façons d’aimer.»

Blandine Pénicaud et Vincent Vidal-Naquet, «Les révolutions de l’amour», Perrin, 430 p., 23€