« Le Hamas est fortement isolé »

« Le Hamas est fortement isolé »

Le Hamas joue son existence comme force politique, analyse François Heisbourg

À mesure que des civils meurent dans la bande de Gaza, le Hamas est-il occupé à gagner la bataille de l’opinion publique mondiale?

«Peut-être, mais ce n’est pas son objectif principal. Et l’opinion publique qu’il vive est prioritairement l’opinion publique arabe» nuance François Heisbourg, président de l’ISS (International Institute for Strategic Studies).

On n’entend pas l’Autorité palestinienne condamner Israël pour son offensive contre la bande de Gaza…

Et pour cause: elle n’a aucune envie de se mêler au combat que le Hamas a imprudemment engagé avec Israël. Aucune roquette ne cible le territoire israélien depuis la rive occidentale du Jourdain, et aucune bombe israélienne n’y tombe.

Le Hamas joue-t-il la carte de l’opinion publique mondiale dans ce bras de fer sanglant?

Le Hamas est fortement isolé: ses seuls soutiens extérieurs sont la Turquie et le Qatar. Mais l’ensemble des pays arabes lui est hostile, à commencer par l’Égypte, dont la frontière avec la bande de Gaza est, depuis le renversement du président Morssi, plus hermétique que la frontière israélienne. Après s’être lui-même distancié de l’Iran et de la Syrie de Bachar al-Assad, il est ainsi coupé de toute source de financement, et il joue son existence comme force politique. Et plus que l’opinion mondiale, c’est donc sans doute l’opinion arabe qu’il cible, afin de faire rouvrir la frontière égyptienne.

Mais pour Israël, les images quotidiennes des morts de Gaza sont désastreuses, non?

Pour Israël, la gestion du conflit se pose en effet différemment. Pas tellement à l’égard de l’Union Européenne, qui est absente depuis longtemps du débat au Proche-Orient, mais parce que l’opinion américaine, désormais, est divisée. Et cela peut peser, même si les relations politiques et personnelles entre le président Obama et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, sont exécrables.