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Fortis a bien menti à ses actionnaires

Fortis a bien menti à ses actionnaires

Jean-Paul Votron et Maurice Lippens avaient voulu rassurer les actionnaires. Cela pourrait leur coûter très cher. JOCK FISTICK

La justice néerlandaise a tranché: le bancassureur belge a trompé ses actionnaires. Une décision qui ouvre la voie à un dédommagement.

Fortis a trompé ses actionnaires. Le jugement néerlandais est sans équivoque. La direction de l’ancien fleuron bancaire aujourd’hui dépecé a fourni aux investisseurs des informations inexactes. La société, aujourd’hui rebaptisée Ageas, doit dès lors dédommager les actionnaires lésés.

Certains y ont laissé toute une vie d’économies, un confortable bas de laine en prévision de leurs vieux jours. Plusieurs centaines de milliers d’euros qu’ils ne reverront sans doute jamais. Et cela, un peu par manque de prudence, mais surtout par excès de confiance, parce qu’on leur avait toujours dit qu’une action Fortis, c’était un investissement de «bon père de famille».

Hier, la cour de justice d’Amsterdam a rendu un peu d’espoir à ces dizaines de milliers d’actionnaires lésés. Fortis, selon le tribunal amstellodamois, a diffusé des informations trompeuses à ses actionnaires entre le 29 septembre et le 1er octobre 2008.

À l’époque, au plus fort de la crise des subprimes, le groupe se retrouve en fâcheuse posture en raison du rachat, devenu impayable, du concurrent néerlandais ABN Amro (décidé un an plus tôt en alliance avec Royal Bank of Scotland et Santander). Pourtant, malgré un premier sauvetage commun des gouvernements belge, luxembourgeois et hollandais, laissant augurer du pire, la direction de Fortis reste optimiste et tente de rassurer les investisseurs.

De 30 euros à… 1,2 euro

C’est cette communication trompeuse que la cour de justice d’Amsterdam a sanctionnée hier. Car entre-temps, les actionnaires, qui avaient déjà perdu énormément dans l’aventure (de 30€ en avril 2007, l’action a glissé à 5,2€ à la fin septembre 2008) ont gardé confiance en Fortis.

À tort, puisque deux semaines plus tard, la valeur de l’action était encore divisée par quatre (1,2€).

Six ans après les faits, et plusieurs jugements allant dans ce sens, le tribunal néerlandais casse en appel la décision d’une précédente cour qui n’avait rien trouvé à redire à la communication de Fortis. Une décision qui ouvre désormais la porte à une indemnisation pour les nombreux actionnaires qui ont porté l’affaire en justice (lire par ailleurs). Et qui ouvre la voie à d’autres condamnations, notamment en Belgique, où la Justice tarde à trancher le litige. Mais aussi à des lendemains pour le moins difficile pour Ageas, qui a tenté de se reconstruire sur les cendres de Fortis.