La fin des quotas laitiers suscite l’inquiétude

La fin des quotas laitiers suscite l’inquiétude

Les petits producteurs seraient les plus vulnérables face à une diminution de la valeur du lait. Ariane Citron - Fotolia

La production de lait dans les pays européens est limitée par des quotas. Ceux-ci seront supprimés en 2015, ce qui inquiète les producteurs laitiers.

Les quotas laitiers existent depuis 1984. Instaurés dans le cadre de la PAC (Politique agricole commune) de l’Union européenne, ils visent à réguler les quantités de lait produites dans les pays européens, pour maintenir l’équilibre du marché entre l’offre et la demande.

Mais la Commission européenne a décidé de les supprimer en 2015. Pourquoi? Quelles seront les conséquences? Décryptage.

1. L’origine. À la fin des années septante, une politique d’organisation commune du marché européen a été mise en place. «Des organismes d’intervention achetaient et stockaient les surplus de la production de produits laitiers (beurre et poudre de lait), de manière à entretenir des prix suffisants sur le marché», explique René Vansnick, conseiller au service d’études de la FWA (Fédération wallonne de l’agriculture). Mais le système s’est révélé trop efficace. «Les producteurs investissaient et produisaient toujours plus, puisque de toute façon, tout ce qu’ils produisaient, on le leur achetait. Les stocks d’intervention (beurre et poudre de lait) sont devenus pléthoriques.»

2. L’introduction des quotas. Il fallait donc trouver un système efficace pour limiter la production, pour que cette intervention reste viable. C’est donc à ce moment-là, en 1984, que les quotas laitiers ont été instaurés, pour limiter la production de lait dans les pays de l’UE.Le système a perduré au fil des ans, l’Europe adaptant les quotas au fil des ans selon les fluctuations du marché, pour maintenir autant que possible un environnement viable pour les producteurs et les acheteurs.

3. La suppression en 2015. Aujourd’hui, la situation est différente. «On voit l’apparition d’une classe moyenne dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, commente René Vansnick. La consommation de produits laitiers y augmente donc nettement. De ce fait, depuis quelques années, les prix augmentent sur le marché malgré l’augmentation des quotas.» Et pour maintenir un prix d’achat raisonnable pour le consommateur, ce qui fait partie des objectifs de la PAC, la Commission européenne a pris la décision de supprimer les quotas l’année prochaine.

4. Le «Paquet lait». Après la crise laitière de 2009, l’Europe a mis en place le «Paquet lait», un ensemble de législations qui est maintenant décrit comme la garantie de l’avenir à long terme du secteur laitier. Il sera d’application au moins jusqu’à 2020. Sa mesure phare est la possibilité, pour les agriculteurs, de négocier collectivement des contrats d’approvisionnement avec les acheteurs (laiteries). Sera-ce suffisant pour garantir un avenir viable aux producteurs? C’est encore difficile à dire: on ne peut pas vraiment prédire comment va se comporter un marché laitier de plus en plus débridé. «Mais la tendance de fond est à l’augmentation de la demande.

C’est une croissance qui semble réellement structurelle, pas conjoncturelle», rassure René Vansnick.