« Les petits producteurs von t couler »

Marc Decoster craint que les petits producteurs restent sur le carreau.

Marc Decoster, agriculteur à Jodoigne, s’inquiète de la survie des petits producteurs face à la suppression des quotas.

«Les quotas? Au départ, tout le monde était contre: ça allait vous bloquer, se souvient Marc Decoster, agriculteur à Jodoigne. Mais aujourd’hui, on est opposé à leur suppression, parce que c’est un moyen de gérer la production de manière intelligente.»

Ce que craignent les producteurs, c’est la chute de leurs revenus. «On le sent venir, une fois qu’on ouvrira les quantités. Prenez les Pays-Bas: le quota y est fixé à 13 milliards de litres de lait par an. Avec la suppression de ce quota, ils annoncent que d’ici cinq ans, ils en produiront 3 milliards de plus. 3 milliards, c’est la production belge… Il y aura beaucoup plus de lait sur le marché. Il est évident que les prix vont baisser.»

Est-ce donc les gros producteurs qui vont subsister, et les petits qui vont rester sur le carreau? Marc Decoster le craint. «Je suis convaincu que dans dix ans, les prix auront baissé ou au mieux, n’auront pas bougé… On va produire à perte pendant deux ou trois ans et les petits producteurs vont couler.»

La diversification, par sécurité

Pour garder la tête hors de l’eau, les producteurs envisagent plusieurs pistes. Une chose est sûre: il faut se professionnaliser, optimiser sa production, estime Marie-Ghislaine Paris, son épouse: «La spécialisation de la production laitière est inéluctable. Pour faire un lait économique, qui n’a pas de coûts de production trop élevés, on doit être très, très professionnel. On pouvait peut-être être un peu plus “ cool ” avant, aujourd’hui c’est fini. Quand le revenu était bon, on pouvait se permettre un moins bon rendement par vache, éventuellement une qualité un peu moins bonne… Maintenant, il y a de plus en plus de contraintes.»

En attendant, Marc Decoster a pris les devants, et n’a pas laissé tous ses œufs dans le même panier: «On se diversifie, c’est plus sûr pour l’avenir, plus stable. Les investissements sont moins incertains qu’avec le lait: si vous voulez une nouvelle étable, vous la paierez pendant vingt ans… Je cultive du froment, du maïs, des betteraves, des pommes de terre, des petits pois… Mes revenus proviennent pour moitié du lait, pour moitié du reste.»

Une autre piste que les producteurs peuvent exploiter est celle de la diversification de leurs clients, complète son épouse. «Par exemple, la vente directe, avec les magasins qui se fournissent directement chez les producteurs locaux. Mais il faut trouver du temps à y consacrer. Idéalement engager quelqu’un pour s’en occuper, mais ce n’est pas toujours possible.»