2015-2016 : « C’est l’austérité dure »

2015-2016 : « C’est l’austérité dure »

Le gouvernement a reçu la confiance du Parlement wallon, majorité contre opposition. Belga

L’opposition a pris le temps de passer au crible les 120 pages de la Déclaration de politique régionale (DPR) de la majorité PS-cdH. Quelques temps forts.

«Je vous préviens, M.Borsus est en forme », plaisante le président du Parlement wallon André Antoine. Et en effet… Au moment de réagir au programme de la nouvelle majorité wallonne PS-cdH, l’opposition a bouffé du lion. Mais pas seulement au MR.

Pour ne pas gaspiller les 24 minutes réservées à son groupe, l’Écolo Stéphane Hazée opte pour 14 minutes en apnée. Et Frédéric Gillot (« On m’appelle Fredo », annonce le député PTB-Go; ce qu’André Antoine s’empresse d’enregistrer) décrit ce qu’il voit au menu wallon: «C’est l’austérité en entrée, en plat principal et en dessert. C’est pour ça que la DPR me reste en travers de la gorge. C’est la soupe aux cailloux. Un menu indigeste», lâche-t-il. Enfin, le député PP André-Pierre Puget ajoute sa propre métaphore: «Repeindre une porte sans la décaper, ça ne sert à rien. Elle brillera mais seulement un bref instant.»

«Votre coalition, on l’appelle déjà la “coalition mexicaine”. Il fallait ça pour recaser certains interlocuteurs», balance encore le chef de l’opposition MR Willy Borsus.

«La Wallonie se réveille groggy»

Trop de ministres alors qu’on doit faire des économies, moins de doubles casquettes et donc moins de cohésion entre Communauté et Région, trop peu de concret («Les seuls chiffres dans la DPR, ce sont les numéros des pages», raille Borsus), quelques belles intentions pour masquer un manque d’ambition et enfin une masse de questions: c’est le socle commun de toute l’opposition.

Pour le reste, les critiques et les défiances varient d’un groupe à l’autre. Ainsi, à propos de la dette wallonne requalifiée par l’Europe… Il va falloir trouver 800 millions pendant les deux années les plus délicates de la législature, à savoir 2015 et 2016.

« Pouvez-vous nous communiquer le véritable accord de gouvernement? Qui croit que l’on va trouver 800 millions€ dans le budget wallon et que cela passera inaperçu? Je vous invite à un exercice de transparence et de vérité», réclame Borsus. «La Wallonie se réveille groggy: 1,1 milliard de déficit (pour 2015, NDLR) sur un budget de 13,5 milliards, c’est colossal… Les Wallons et les Wallonnes seront durement touchés, au moins jusqu’en 2018. C’est l’austérité dure. C’est un message de très très mauvaise nouvelle», ajoutera-t-il plus tard, la mine catastrophée.

Et puis il y a le reste. Une somme d’inquiétudes, selon lui: le bonus logement (qui doit être réexaminé), les titres-services, la taxe kilométrique étendue au plus de 3,5 tonnes (et plus seulement aux plus de 12 tonnes), l’avenir des allocations familiales, l’avenir du pôle de compétitivité Greenwin, l’éolien, la bulle des certificats verts, le service minimum en cas de grève des bus, la gouvernance, etc.

«Et les agents publics?»

Chez Écolo, on s’inquiète entre autres de l’avenir des projets portés par les verts dans la précédente législature («Plus aucun ministre n’est officiellement en charge du développement durable. C’est un bond de plus de 20 ans en arrière»), du «brouillard» ambiant et du gel de tous les budgets pendant 2 ans. « Et la formation? La recherche? Les pouvoirs locaux?» s’alarme Stéphane Hazée.

Qui se tracasse aussi pour les agents publics (un sur 5 sera remplacé dans un premier temps): «Cela veut-il dire que les quatre agents sur cinq qui ne seront pas remplacés aujourd’hui ne font rien? Où ces emplois vont-ils disparaître? Pour des délais de paiement encore plus longs? Pour des dossiers encore moins rapidement traités?»

Sans surprise, la réplique du ministre-président wallon (ci-dessous) n’a pas satisfait l’opposition. Le gouvernement wallon a néanmoins reçu la confiance de la majorité des députés. L’opposition MR, Écolo, PTB et PP a voté contre, comme un seul homme.