ÉNERGIE

Huit éoliennes seulement : « un élan est nécessaire »

Depuis janvier 2014, huit éoliennes seulement sont entrées en fonction en Wallonie. Le secteur s’inquiète, et demande de l’éolien en forêt.

Trois éoliennes à Spy, au bord de l’E42, et cinq autres sur le site de Chimay-Baileux, depuis janvier. Pour une puissance cumulée de 23 MW. C’est maigre! En même temps, c’est presque autant que ce qui avait été installé durant toute l’année 2013 en Wallonie (27 MW avec 12 éoliennes). On devrait donc faire nettement mieux en 2014, avec les projets qui peuvent être achevés avant la fin de l’année, soit une éolienne supplémentaire à Frasnes-lez-Anvaing (2 MW), et la possibilité de deux autres à Houyet (4,6 MW) et encore six à Messancy (15 MW), si leur construction se termine à temps.

Est-on pour autant sorti du «creux éolien» à laquelle la Wallonie fait face depuis trois ans, suite aux innombrables recours introduits par les associations de riverains et la lutte acharnée des organisations opposées au développement de l’éolien onshore? «Si on veut atteindre l’objectif wallon de 3 800 GW/h de production éolienne en 2020, il faut que la filière reprenne de l’élan», répond Johanna D’Hermoncourt, de l’Apere, le «Facilitateur éolien» qui livrait hier ces chiffres.

Avec 281 éoliennes déjà installées, d’une puissance totale de 641 MW pour un potentiel de production annuelle de 1 429 GWh (soit 27% de la consommation électrique résidentielle, ou 308 000 logements), la Wallonie n’a pas encore réalisé la moitié du chemin. Mais selon les statistiques de l’Apere, l’objectif 2020 peut encore être atteint avec le nombre de projets engagés: ceux en étude d’incidences (1 208 MW), en demande de permis (474 MW) ou en recours (513 MW), les projets autorisés (69 MW) ou les parcs en construction (44 MW).

Ce potentiel éolien «en portefeuille» est néanmoins théorique. Tous ces projets ne verront pas le jour, certains s’excluent, souligne Edora, la fédération représentant les industriels du renouvelable. «L’objectif de 2020 a été fixé avec un niveau d’installation annuel de 80 grandes turbines, environ 160 MW. Avec huit éoliennes, on en est très loin. Et c’était sans anticiper le creux de 2012 et 2013», souligne Fawaz Al Bitar (Edora). «Tout secteur économique peut résister à quelques mauvaises années, mais on ne pourra pas cumuler six ans. Or l’éolien est un secteur très porteur d’emploi. On estime à près de 6 000 emplois tout ce qui tourne autour de l’éolien en Belgique, dont près de la moitié au sud du pays. Notre crainte, c’est que les investisseurs quittent la Wallonie.»

Edora lance donc un appel aux partis politiques occupés à mettre la dernière main à la Déclaration de politique régionale. Et de suggérer quelques mesures concrètes pour accélérer le développement éolien, comme permettre l’implantation de mâts dans les forêts pauvres en biodiversité, dans les zones économiques ou dans les 30 à 40% du territoire wallon exclu pour raison d’entraînement militaire. «Ce qui permettrait de limiter la charge par rapport aux riverains», estime Fawaz Al Bitar.

De là à éviter les recours…