SCIENCE

L’expérimentation animale en hausse

L’expérimentation animale en hausse

Reporters / BSIP

En 2013, on a utilisé 4,29% d’animaux de plus dans les laboratoires belges. Les opposants s’interrogent: la loi est-elle bien respectée?

Remplacement, réduction, raffinement: la règle des «3R», proposée dès 1959 par les scientifiques Russell et Burch, est aujourd’hui reconnue comme un principe éthique établi quand la science fait appel à l’utilisation d’animaux. Ce principe, prôné dans les directives européennes et la loi belge, doit conduire à remplacer l’expérimentation animale par des modèles alternatifs, à réduire les répétitions d’expériences inutiles et à améliorer les procédures afin d’atténuer la souffrance des animaux au long de leur vie, même abrégée.

Davantage de chiens

Et pourtant, le dernier bilan sur les expérimentations animales publié par le SPF Santé publique ne montre aucune réduction. Au contraire. En 2013, ce sont 626 742 animaux qui ont été utilisés dans les 356 laboratoires belges agréés. C’est 4,29% de plus qu’en 2012. Une augmentation qui, selon le SPF Santé, s’explique par le fait que davantage de cobayes ont dû servir dans le cadre de développement de vaccins. Davantage de chiens ont également été utilisés, principalement lors d’études cliniques destinées à… améliorer la santé de ces animaux, notamment dans le domaine du vieillissement.

Les rongeurs, rats et souris, restent (avec 76,75%) les principaux martyrs de la cause scientifique: 481 038 d’animaux sacrifiés. Ils sont suivis des poissons (10,87%), des lapins (7,54%) et des oiseaux (3,87%). 633 chiens et 111 chats ont également été victimes d’expériences l’an dernier, mais aussi 5 212 animaux de ferme, 13 singes et… 8 furets, animal réputé proche de l’homme dans le cas des infections respiratoires.

En tout, 45 singes ont servi dans des expériences l’an passé, si on tient compte de ceux qui sont utilisés sur plusieurs années. Selon le SPF, nos proches cousins ne sont utilisés que pour la recherche fondamentale, liée au fonctionnement du cerveau et au traitement du diabète.

«Course à la trouvaille»

Ces chiffres en augmentation n’ont pas de quoi réjouir Solange T’Kint, administratrice d’une ASBL qui milite depuis… 1985 pour la suppression des expériences sur l’animal (S.E.A.). «Cela prouve que la loi n’est pas respectée. Est-ce qu’il y a une réelle volonté de réduire les expérimentations? Ca n’est vraiment pas sûr. Les contraintes sur les laboratoires sont tellement légères que ça n’évolue pas beaucoup», dit-elle. Le docteur Vandeput, conseiller scientifique de l’ASBL, se fait plus sévère: «On a recours à tort à l’expérimentation animale et on le fait pour n’importe quoi, parfois une simple publication dans une revue médicale. Honnêtement, pour les nominations dans les hôpitaux, quelqu’un qui a publié beaucoup d’articles passera plus vite à un poste supérieur. C’est la course à la trouvaille. Ne parlons même pas de la non-transposabilité du modèle animal à l’homme, mais une expérience qui paraîtrait utile, on va la répéter dans tous les pays et dans toutes les villes et les universités de chaque pays, alors qu’avec les moyens de communication actuels…»

43,73% des expérimentations animales en Belgique servent à la recherche fondamentale, pour 26,34% aux contrôles de qualité en médecine humaine et vétérinaire, 22,29% pour la recherche et le développement de médicaments et 1,54% pour des tests de toxicité. En Europe, près de 12 millions d’animaux meurent ainsi chaque année dans les laboratoires et environ 400 millions dans le monde.

Une matière régionalisée

 

Au 1er juillet, la question du bien-être animal a été régionalisée. Jusqu’ici, elle dépendait du fédéral, via le SPF Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement.

Quel sera le ministère compétent en Wallonie et à Bruxelles? Les militants de la cause animale voulaient éviter un rattachement à l’agriculture, et sont confiants. Pour le reste, c’est encore le flou. La régionalisation de la matière ne sera de toute façon pas effective avant fin 2014. D’ici là, l’ASBL S.E.A., qui fait signer une pétition, continue à militer auprès des partis, rappelant les promesses de campagne. Elle demande l’engagement d’inspecteurs vétérinaires indépendants pour le contrôle des laboratoires, «afin de vérifier la tenue des registres et l’utilisation des méthodes alternatives existantes plutôt que des animaux comme la loi l’impose ».

Et au mieux que ces contrôles soient «non-annoncés».