Vacances en Corse : alerte aux vers parasites

Vacances en Corse : alerte aux vers parasites

Les eaux de baignades d’apparence idylliques peuvent receler des dangers. Renseignez-vous auparavant.

Si vous avez passé vos vacances en Corse du Sud depuis 2011, vous avez peut-être «chopé» la schistosomiase. Gare aux vers parasites.

Les rochers blancs et polis forment des piscines naturelles. L’eau y est chaude, translucide. À quelques dizaines de minutes de la côte, près du village de Taglio Rosso, proche de Porto Vecchio en Corse du Sud, la rivière Cavu offre un cadre idyllique aux nageurs.

Depuis le 16 juin, pourtant, toute baignade y est interdite. En cause: un foyer de bilharziose urinaire, maladie aussi nommée schistosomiase. Une infection aussi peu ragoûtante que son nom est imprononçable. Il s’agit de larves parasites. Libérés par des petits mollusques d’eau douce, elles pénètrent dans la peau de la personne en contact avec l’eau infectée. Même si on s’y trempe simplement les pieds.

Ils pondent près de la vessie

Les larves se développent dans l’organisme et deviennent des vers adultes. Les femelles pondent leurs œufs dans les plexus veineux autour de la vessie. Ces œufs vont franchir la paroi et se retrouver dans les urines. Parfois dans les selles. Puis dans la rivière, et ses gastéropodes, pour ainsi renouveler le cycle. Les œufs piégés dans les tissus de l’organisme peuvent provoquer une réaction immunitaire et des lésions évolutives aux organes.

La maladie, qui n’était plus présente en Europe, est prise au sérieux par les autorités sanitaires. L’alerte donnée en Corse, après que 11 touristes allemands et français (17 selon certaines sources) eurent été infectés en avril, a été répercutée par le Conseil supérieur de la santé. Celui-ci conseille aux personnes qui auraient été en contact avec l’eau de la rivière Cavu, entre 2011 et 2014, de consulter leur médecin traitant pour se faire dépister.

Des lésions, à long terme

Une simple prise de sang suffit, pour rechercher des anticorps anti-schistosomes. En cas de positivité, un traitement anti-parasitaire oral efficace existe (le praziquantel), après un bilan des lésions éventuelles. Il n’y a pas d’urgence, les complications de la maladie ne surviennent qu’à long terme.

Les symptômes de l’infection sont de type grippal: fièvre, myalgie, éruption, mais la plupart du temps, l’infection est asymptomatique et passe inaperçue. Des signes cliniques peuvent apparaître plusieurs mois après la baignade infectante, en réaction au passage des œufs dans les tissus. Ils sont caractérisés par des signes d’inflammation vésicale, et surtout par la présence de sang dans les urines. À terme, l’infection peut évoluer vers des lésions fibreuses des tissus uro-vésicaux ou génitaux. Jusqu’à la stérilité.

200 000 décès

Dans les pays en voie de développement où la schistosomiase est chronique, les répercussions économiques et sanitaires sont considérables. La maladie touche plus particulièrement les populations d’agriculteurs et de pêcheurs, qu’elle peut empêcher de travailler. Les femmes qui lavent leur linge et les enfants qui jouent dans les rivières sont les plus vulnérables.

Chez ceux-ci, la maladie peut provoquer de l’anémie, un retard de croissance et dans certains cas la mort. En Afrique subsaharienne, elle provoque plus de 200 000 décès par an. Selon l’OMS, au moins 243 millions de personnes ont besoin d’un traitement contre la schistosomiase, et à peine 28,1 millions ont été traitées en 2011.