RATATOUILLE DISNEYLAND PARIS -

Comment on crée une attraction ?

C’est aujourd’hui 10 juillet, que la nouvelle attraction Ratatouille ouvre ses portes au public. Comment Disneyland fait-il pour transformer un dessin animé en «manège animé»? Réponses de Björn Heerwagen, concepteur.

Le nom de Björn Heerwagen n’est pas écrit en grand sur les murs de Ratatouille, même s’il en est le père. La nouvelle attraction n’est qu’un nom prestigieux supplémentaire sur son curriculum: entré chez Disney en 1991 à la maintenance, il a enfilé quelques perles comme la construction des deux premiers bateaux de Disney Cruisland. Il a travaillé sur le parc Disney studio à Paris: on lui doit Toy Story playland, la Tour de la terreur, mais aussi le spectacle du Roi Lion à Londres.

L’idée de faire Ratatouille

Björn Heerwagen: «L’idée a germé il y a quatre ans… C’est un projet qui a nécessité des années de travail!» La première étape, c’est ce qu’il appelle le «blue sky»: «On peut dire: “Je veux faire voler un éléphant”… On l’a déjà fait! On part d’une histoire, on veut raconter quelque chose au public.»

 

Dans la première étape, l’équipe de créatifs fait un dessin, un story board, qui explique où on se situe dans l’histoire: d’où viennent les personnages, où ils vont… Quand le scénario est établi, il prend en charge l’équipe de quarante personnes. «À ce stade, on réalise des maquettes des façades. L’équipe gère les «animated props» et les «show action équipment», à savoir les portes qui s’ouvrent, les vidéos, la peinture, les enduits, la lumière, etc. Cette étape est réalisée en interne chez Disneyland.»

L’appel d’offres

Le plan est fait, mais on n’est qu’au tout début du processus. Björn est un «imagineer»: un mot inventé par Walt Disney en agglutinant les mots «imagination» et «ingénieur». C’est la phase «ingénieur» qui démarre: on cherche les personnes qui vont réaliser tous les éléments de l’attraction. «On fabrique en Europe, et si possible en France», dit Björn Heerwagen. La mécanique, la plomberie, ce sont les entreprises françaises. «Par contre, les véhicules, l’animation média, c’est fabriqué aux États-Unis. J’ai une certaine expérience, qui me permet de travailler avec des personnes avec qui je suis en confiance. Mais je cherche aussi des nouvelles entreprises… sachant qu’un des critères de sélection, c’est aussi la taille des hangars: parfois, les artisans n’ont pas la place suffisante pour réaliser les pièces dont nous avons besoin au parc.»

La production

«Je suis ce qui est produit avec une directrice artistique», dit Björn. Qui bosse pour lui? «Il y a des gens qui travaillent pour le théâtre et le cinéma, qui fabriquent des décors… La grande différence ici, c’est qu’ils ne travaillent pas sur des décors éphémères, mais sur des choses qui durent dans le temps.» D’autres sous-traitants viennent du monde de l’industrie: «Les portes automatisées ont été réalisées par une entrprise anglaise autrefois spécialisée dans les trains à vapeur. Il y a cinq paires de portes de taille normales, et deux paires de 25 m2 . Cette grande porte de 5 x 5 mètres pèse 1,2 tonne et doit s’ouvrir en 2,3 secondes!»

La chambre froide a été réalisée par une entreprise des Pays-Bas, spécialisée dans les parcs à thème… Il n’y a pas eu d’entreprise belge sur le contrat Ratatouille. «On est là pour traduire la demande de nos créatifs aux artisans. Par exemple, le jambon géant, qui a été réalisé en fibre de verre, on en a profité pour y intégrer deux têtes de springler: c’est un élément décoratif, et en même temps un élément de sécurité en cas d’incendie.»

Showride integration

Quand tous les éléments scénographiques sont installés, c’est le «showride integration»: il faut faire le lien entre tous les éléments de l’attraction pour que ça se passe naturellement. «Il faut programmer le moindre élément: les mouvements de la voiturette, les lumières, les sons, les effets mouillés…» Cette étape est réalisée en interne par une petite équipe qui vient pendant 6 mois, et travaille en collaboration avec la direction artistique. «On teste aussi l’équipement pour qu’il soit fiable, pour la sécurité», précise Björn Heerwagen. C’est l’étape de la couture: il attache ensemble les décors réels, le film 3D… «le plus difficile, c’est de faire disparaître la couture, pour que tout semble naturel

«Ici, on veut qu’on voyage dans un véhicule qui tourne, qui gigote, c’est une nouveauté», dit l’imagineer. Quand on lui demande pourquoi ne pas se contenter d’un cinéma 3D, il répond: «Pourquoi faire simple quand on peut farie compliqué?»

Et la suite?

L’attraction est prévue pour durer au moins 20 ans. Les nouveaux bâtiments répondent aux nouvelles normes écologique, en matière d’isolation et d’énergie renouvelable: les chauffe-eau du restaurant de Ratatouille fonctionnent à l’énergie solaire! Mais le parc ne peut pas se permettre de rester figé. «Un nouveau projet va bientôt se mettre en place, avec une gestation de 5 ans en moyenne. Il y a encore pas mal de place sur le site Disney Studio, et le premier parc permet encore quelques aménagements…»